‹ Théâtre en proseChapitre 120 sur 143 · AT2E:-I5E II · texte numérisé non relu

AT2E:-I5E II

A qui donc?

fca,»DZKO

A rnoi.

CATUEPINE U V

Qui éte?5-vou.s? Dites-moi votre nom.

RUODZKO

Mon norn n'importe pa>. Madame. Ce que j'ai accompli, ce que j'ai voulu, voilà ce que je dois apprendre à Votre Majesté.

CATHERINE II

Eti bien ! qu'avez-vous voulu ?

RIIODZKO

Être libre, être puissant.

CATHERINE II

Kt qu'avez- VOUS fait?

RQOÛZKO

fai mérité de Têtre. Vos Kosaks, vos Ukraniens auraient été battus par les seigneurs de Pologne, et quant au comte Boleski, il eôt trahi la patrie russe pour sauver son fils Polonais. Mais, moi, j'ai surgi, terrible. J'ai ameuté contre la tyrannie des heureux, la faim, la soif, toutes les rancunes des misérables; sous mes ordres, le pauvre a couru sus au riche, le paysan a attaqué le magnat, le serf a vaincu le maître. D'abord une poignée d'hommes, bientôt une multitudç, nous avons été la rébellion formidable et triomphante, et vous êtes victorieuse enfin, vous, la grande tzarine, grâce à nous, les serfs.

CATHERINE II

J'entends, et vous comptez sur quelque récompense, vous et vos compagnons ?

RHODZKO

Je réclame la récompense promise.

CATHERINE II

Promise?

HHODZKO

• Jurée. Par votre commandement, en présence du roi Stanislas-Auguste, l'ambassadeur de Votre Majesté...

CATHERINE II

Le comte Platow?

RHODZKO r

... Le comte Platow, en présence du roi Stanislas, a juré que le jour où la République polonaise serait vaincue, tous les serfs polonais seraient des Russes libres.

CATHERINE II

Il a juré cela?

RHODZKO

Sur les Saintes Images.

CATHÊRT>'E II

C'est un serment très graye. Mais, dites-moi, Monsieur, n'avez-vous pas, vos compagnons et vous, pillé les châteaux de vos maîtres?

RUODZKO

Mes compagnons ont pillé.

CAT11ER1>'E II

N'avez-vous pas tué bon nombre de magnais?

RUODZKO

Nous avons tué.

CATHERINE II

N'avez-vous pas mangé et bu dans les salles seigneuriales?

RUODZKO

ils ont mangé et bu.

CATUEBliNE II

Eh bien ! voilà qui va le mieux du monde ; piller, tuer, manger et boire, c'est pour des personnes de votre sorte une récompense fort convenable; je daigne y ajouter la grâce de fermer les. yeux sur le mauvais exemple que vous avez offert en vous révoltant contre vos seigneurs légitimes. Allez, retirez-vous, je donnerai des ordres pour que vous ne soyez pas inquiétés.

RUODZKO

Madame, avez-vous mal entendu?

CAÏUERINE II

Faites sortir cet homme.

RUODZKO

M^idame, nous avons gagné d'être libres.

CATHERINE II

Que cet homme sorte.

(On le saisit.) RHODZKO

Quoi! mes frères morts, tant de femmes veuves et la Pologne trahie...

CATHERINE II

Inutilement? Non pas. Vous étiez de^ serfs polonais et vous êtes des serfs russes; c'est quelque chose, cela,

(Sur un signe de l'Impératrice, les heyduques entraînent Rhodzko. — À l'une

des daines.) RepredonSv^Où ei:> élais-je?

LA DAME, relisant.

« Il répandit plus de grâces encore, éteignit plus de haines, ût tomber plus de fers. »

CATHERINE II

Bien, continuez. (Dictant.) « Un jour même ce grand calife, pour récompenser le zèle que lui avaient montré les ^erfs de Tune de ses provinces, n'hésita pas à leur donner la liberté, à leur distribuer des terres. Comme ils étaient très nombreux, ce fut pour lui une grande perte ; mais ce qu'il perdit en richesses, il le regagna en estime dansTopinion deThumanité. D'ailleurs le prix qui lui fut le plus cher, ce fut la pensée que chaque jour il était béni par tant d'hommes auxquels il avait rendu le plus légitime des droits, je veux dire la liberté ! »

(Toutes les dames s'inclinent comme pour applaudir à ces nobles paroles, Catherine sourit.)

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