SCÈNE PREMIÈRE ANTOINETTE, LAZARE
Lazare marche çà et là, avec agitation, Antoinette est assise sur le sopha, elle « fait des nœuds ».
LAZARE, tout à coup.
Tu ne me dis rien, Sabine?
A>TOINETTE
Je vous vois préoccupé, mon ami.
LAZARE
Non. Tu es fâchée.
Point du tout, je vous assure.
LAZARE
Tu me blâmes. Tu trouves que j'ai été cruel envers Martian ; que je n'aurais pas dû le condamner si vite; et qu'il souffre assez d'ailleurs sans que j'ajoute notre abandon à son supplice.
ANTOLNETTE
Dites plutôt que votre tendresse pour un ingrat combat le juste ressentiment que vous éprouvez de son ingratitude, que vous ne sauriez avoir l'esprit en repos ni vous
tenir en place pendant que son sort s'agite, et que vous brûlez de commettre en sa faveur quelque généreuse extravagance.
LAZARE
Eh bien! oui,, je l'aime toujours. Il y a, dans son silence, dans son refus de fuir, quelque chose d'inexplicable, maisMarlian ne peut pas avoir tort. C'est pour une femme certainement qu'il se sacrifie. Si je pouvais la découvrir? Tu es subtile, toi, Sabine. Oh! ne t'en* défends pas, tu as beaucoup plus d'esprit que moi. Tu n'as jamais rien remarqué, rien deviné qui pourrait me mettre sur la trace ?
ANTOINETTE
Absolument rien.
LAZARE
Aucune parole ne lui est échappée qui t'ait donné à entendre qu'il fût amoureux?
Une m'a jamais adressé aucune parole de ce genre.
LAZARE
Amoureux de qui, d'ailleurs? J'ai beau regarder, chercher, je ne vois pas de femme qui ait pu lui plaire I (II songe.) Oh ! non !
ANTOINETTE, se levant, très elfrayce.
Quoi donc, Lazare?
LAZARE, riant de lui-même.
Je suis fou : je songeais à Maguelon.
ANTOINETTE, à part.
lime met au supplice, vraiment! (Haut, pour détourner la conversation:) Mais, Lazarc, il se pourrait qu'il ne fût point condamné à mort.
60 THEATHE EN PROSE
LAZARE
Que veux-tu dire?
ANTOINETTE
Jean Drapeau n'est que blessé.
LAZARE
C'est yrai !
ANTOLNETTE
Le passé de Marlian, sa bravoure, ses vertus...
LAZARE
En effet I
ANTOINETTE
L'étonnement qu'un tel crime ait été commis par un tel homme...
LAZARE
Dis Timpossibilité.
ANTOINETTE
Tout cela ne saurait manquer d'avoir quelque influence sur la décision du tribunal.
LAZARE
Tu as raison, cent fois raison: et pourvu qu'il vive, tout est bien. Car, un jour ou l'autre, nous saurons la vérité. Ah! Sabine, que tu es bonne de me donner cet espoir! Attends-moi, je vais m'informer. Je reviendrai te dire...