‹ Théâtre en proseChapitre 39 sur 143 · SCÈNE YI LAZARE · texte numérisé non relu

SCÈNE YI LAZARE

Voyons. Ne nous hâtons pas. Réfléchissons. Une femme se trouvait ici, dans cette auberge, pendant la nuit où Jean Drapeau a été attaqué. Ici, près du bastion que Martian commande. Un homme était avec elle, un homme qui me ressemble puisque l'aubergiste m'a pris pour lui. Oh! c'est certain I C'est pour la femme qui est là que Martian voulait mourir! et je peux la voir, lui parler, Tobliger à se faire connaître î Disculper Sabine sans perdre Martian, rien de plus facile à cette heure. L'aubergiste servira de témoin. Juste ciel ! Ma femme estimée et mon ami sauvé! Ahî c'est trop de joie après trop de

désespoir! (Il va vivement vers lauberge et s'arrête.) MaiS ai-je le

droit de franchir cette porte? Le secret que Martian n'a pas voulu me confier, je ne peux pas le lui voler! Pour se taire devant la mort, pour résistera mes supplications, il a dû avoir des raisons terribles. Je vais toucher à quelque mystère d'où dépendent plusieurs existences, et l'existence de Martian sans doute ! S'il était là, il me dirait : « N'entre pas. » Puis, cette inconnue, de quel droit me jetterais-je au travers de sa vie? Que lui dirais-je? Mais enfin, mon scrupule est stupide! Je lui ai donné l'honneur de ma femme ; je puis bien lui prendre l'honneur de sa maîtresse! Oh! si je pouvais la voir sans qu'elle me vît! Je la connais sans doute. Une fois maître du secret, je forcerai bien Martian à le révéler, si cela est possible. Oui, mais comment faire? L'aubergiste désignait cette fenêtre. Elle est là, derrière ce rideau. Oh! l'entrevoir seulement, (ii se rapproche de la tonnelle.) La fenêtre n'est pas

haute. Essayons. (Il grimpe le long du mur; derrière la tonnelle sa tête

délasse iç balcon.) Je ne puis rien voir à cause du volet...

(1)6 son bras allongé, il écarte légèrement le volet. Joyeusement:) Oui,

oui, il y a une femme ' Mais elle est assise devant la che-

minée. Je ne puis voir son visage. Ah! elle se lève... eile.,.

(Il a reconnu sa femme. Il tend les bras, ouvre la bouche sans pousser un cri, et, comme un cadavre, tombe à torre, à droite du balcon, derrière la tonnelle.)

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