‹ Théâtre en proseChapitre 53 sur 143 · GENEVIÈVE GEORGES · texte numérisé non relu

GENEVIÈVE GEORGES

GENEVIÈVE

GEORGES

Puisqu'on ne m'ouvrait pas ! Mais embrasse -moi donc, petite sœur! Petite sœur, non pas! Voilà une grande demoiselle, s'il vous plaît. Et tu n'es point laide, sais-tu? Moi aussi, j'ai embelli? Regarde : hein? ma barbe! Tu comprends, un docteur en droit î Je te fais hommage de ma thèse. Mais le père, où est-il? que je l'embrasse, le vieux brave homme !

GENEVIÈVE

Il est allé t'attendre à la gare.

GEORGES

En carriole? par la grande route? Roland se sera endormi en chemin. Moi, j'ai pris par le petit sentier, à travers bois. Tu vas rire : le premier arbre que j'ai rencontré sur la lisière de notre chère forêt, eh bien, ma foi, je l'ai embrassé. Il y avait une araignée dessus. Je lui ai demandé pardon de l'avoir dérangée, et je m'en suis venu «n chantant. Les rues, les boulevards, les théâtres, pouah! J'ai de la poussière et du gaz plein les

poumons, (a la fenêtre :) Que c'est boD de respirer le bel air du ciel et d'embrasser sa petite, non parbleu î ?a grande sœur!

GENEVIÈVE

Bon! vous n'avez pas toujours eu ce dédain de la grande ville; nous savons de vos histoires, Monsieur le Parisien.

GEORGES

Je vous conseille de gronder. Mademoiselle Minerve l Comme si, de par le monde, on n'était pas au courant de vos aventures. Et d'abord! — comme je dirai devant messieurs de la Cour, — qu'est-ce que c'est que cette dame à qui tu envoyais à Paris, et par mon entremise, le fruit de tes économies, ou plutôt de tes rapines dans la maison paternelle? Comme si, pour de tels placements, tu n'avais pas un frère?

GENEVIÈVE

Ah ! Georges, il a été convenu...

GEORGES

Que je ne t'interrogerai pas là-dessus? soit, mais il y

a autre chose. (Il s'assied auprès d'elle, puis, d'une voix rieuse et confidentielle:) 11 est donc bien charmant? (Geneviève, de la tête, fait

si^aie que oui.) Mleux quc moi? »

GENEVIÈVE

Oh! certainement.

Petite sotte! — Jeune?

GENEVIÈVE

Trente ans.

GEORGES

Et, à ce qu'il paraît, ce n'est pas un homme comme les

GENEVIEVE

Il me semble meilleur que tous. Si lu le voyais depuis cinq ans, soignant les pauvres, secourant les misérables. Il a fondé une école, où il instruit les enfants du village. Puis il aime tant le père !

GEORGES

Autant qu'il aime la fille? De plus, c'est un héros?

GENEVIÈVE

Pendant la guerre, il s'est engagé, et il a été décoré sur le champ de bataille.

GEORGES

Peste, j'aurai un beau-frère décoré.

GENEVIÈVE

II ne porte pas la croix ; il prétend qu'il n'en est pas digne. (Gravement:) Mais il sc trompe, mon frère!

Beau, jeune, charitable, héroïque, et modeste ! Où diantre, petite sœur, as-tu trouvé cet homme-là?

• GENEVIÈVE

Quelqu'un Ta envoyé.

GEORGES

Quelqu'un? Ah! oui, tu as tes idées. Eh bien ! le bon Dieu s'est chargé du mari, et le frère des cadeaux de noces. (Montrant sa valise :) Si tu savais tout cc qu'il y a làdedans !

GENEVIÈVE

Fais voir !

GEORGES Curieuse I (Cherchant de l'œil où poser la valise.) VicuS danS ma

chambre, nous déballerons.

GENEVIÈVE

Non, pas là.

GEORGES

Ce n'es! plus là ma chambre ?

GENEVIEVE

Si fait... mais...

GEORGES

Mais?

GENEVIEVE, avec un rire un peu inquiet.

Mais tu ne peux y entrer maintenant. Voilà.

(Georges prend un air plaisamment grave ; il veut croiser ses J)ras, la valise l'en empêche, il la pose à terre, et se met eii posture d'accusateur.)

GEORGES

Savez-vous, Mademoiselle ma sœur, qu'il se passe ici des choses étranges.

GEI^VTÈVE, riant à demi.

Georges!

GEORGES

Je sonne, on n'ouvre pas; et j'en suis réduit à escalader la grille de ma propre maison !

'GENEVIÈVE

Laisse-moi te dire...

GEORGES

J'entre enfin! Je vois ma sœur, elle se troublel (D'un ton

naturel.) Tu étais troublée, c'est certain. (Reprenant son grand

ton:) Et maintenant, quand je veux entrer dans cette chambre, qui est la mienne, on s'y oppose ! Je pense, Mademoiselle, que vous allez me fournir sans larder de catégoriques explications.

GENEVIÈVE

Eh ! je ne peux pas, si tu parles toujours, (a voïxiiaMe et en souriant :)Valentin est là.

GEORGES, koB enfant.

Ahl bah!

GENEVIÈVE

Oui.

GEORGES, violent et déclamant.

Un homme chez ma sœur, â cette heure de nuit! (Naturel:) Pourquoi diable s'est-il mis là-dedans?

GENEVIÈVE

Il ne m'avait jamais parlé d'amour. Ce soir, il m'a demandé un entretien secret. J'ai consenti. J'ai bien fait....

\ GEORGES

Tu as bien fait, c'est selon î

GENEVIÈVE

J'ai bien fait, te dis-je. Puis tu es venu, et il s'est enfui. Tm. sais tomt. Monsieur k j^ge d'instruction.

GEORGES, d'un ton p&t«rae.

Je sais du moins ce qui me reste à faire. Rentrez dans votre appartement. Mademoiselle.

GENEVIÈVE

Oh ! ne fais pas semblant d'être méchant, grand frère !

GEORGES

Je ne fais pas semblant d'être méchant. Je le suis.

(Il lui indique la porte à gauche) GENEVIÈVE, en se retirant lentement.

J'ai eu tort de désobéir à Valentin, mais ^ ne pouvais pas mentir*

GEORGES

Dis donc, petite soeur, s'il me demande ta main, favdraHt-il la Ini refuser !

GENEVIÈVE

Ah ! le bon petit homme !

(EU© lui saute au cou, puis sort par la gauche.) GEORGES, joyeusement.

A nous deux, mon beau-frère I

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