SCÈNE IV LAZARE, ANTOINETTE, MARTIAN
Martian et Lazare oot le même âge ot portent le même uniforme. Il y a entre eux cette analogie du visage et d'attitude qui naît d'une longue habitude de vivre ensemble.
LAZARE
C'est Martian ! ai court à lui.) Bonjour, ami, bonjour, frère. On ne se bat plus, puisque te voilà?
LES FttERES D'ARMES 13
MARTIAN
J'ai pu quitter le bastion : il y a une trêve de deux heures.
\ LAZARE
Tu les passeras avec nous. Qu'as- tu donc? Tu es pâle. Blessé?
ftlARTIAN
Non. Lqs boulets se détournent de moi.
LAZARE
C'est que tu leur fais peur! Eh bien ! Sabine, tu ne dis rien à Martian?
On s'est fort émue, Monsieur, de la canonnade de tout à l'heure, et l'on vous sait bon gré d'être venu si vite nous retirer d'inquiétude.
LAZARE
Martian, c'est moi-même. Nous sommes nés le même jour, dans le môme village; le destin n'a pas voulu que nous fussions frères par le sang, afin que notre fraternité eût celte joie de plus d'être volontaire. Enfants, nous avons joué ensemble et couru pieds nus par les mêmes sentiers; hommes, nous sommes partis ensemble pour le Nouveau Monde, et nous nous sommes battus pour la même cause. Sache bien que trois fois il m'a sauvé la vie. Il faut que vousTaimiez, Sabine!
ANTOINETTE
Oh! je l'aime, je vous assure, et j'admire comme tout le monde votre mutuel attachement. On dit : « Lazare et Martian », comme on dirait : « Oreste et Pylade, Damon et Pythias ». Cette rare amitié me paraît d'un fort touchant exemple.
LAZARE
Je trouve qu'il me ressemble. Un même cœur, cela
donne un même visage. J'ai toujours pensé que s'il recevait un coup de sabre, je saignerais, moi, sans avoir été blessé. Tiens, c6 geste qu'il fait, je le fais souvent, n'est-
•€ pas? Mais donnez- vous donc la main ! (Sabine tend sa main, que Martian semble ne prendre qu'à regret.) RosteZ aiusi. Quaud je
vous vois Tun près de l'autre, il me semble que j'ai deux âmes et que vous les mêlez.