SCÈNE VU VALENTIN, SUCHOT
Monsieur Suchot, ou costume de ville, entre par la gauche. Il porte des liasses de papiers timbrés; il parle en rangeant cà el là des registres, des dossiers.
SUCHOT, s'arrêtant près du coffre-fort qu'il allait ouvrir.
Ah ! c'est vous, docteur? Grâce à vous, Geneviève va mieux... Il n'entend pas. Valentin!
VALENTIN
Oh! pardon. Elle va beaucoup mieux, je pense.
SUCQOT
Où diantre étiez-vous ? En Tair, à la poursuite de quelque chimère : Thumanité perfectible! l'idéal! Un .beau jour, il vous poussera des ailes. Comme si j'étais né pour être le beau-père d'un ange! J'ai dit « beaupère ». (A part:) Non, il ne me demandera pas la main de ma fille! (iiaut:) Que dtable! on ne s'épouse pas dans les étoiles I
VALENTIN
Épouser Geneviève!
SUCHOT
Vous dites ? Ah ! sacrebleu ! Il faut en finir, (ii jette
une liasse de papiers sur la table et vient s'asseoir prt*s de Valentin.)
Eh bien, Valentin, nous sommes seuls, et je me trompe fort si vous n'avez pas quelque chose à me dire. Allons, causons. (Un silence.) Ce cher Valentin! Georges est revenu. (Un silence encore.) Oui, oui, il cst revcnu. Vous entendez? Mais de quoi diable pouvez-vous avoir à me parler?
(On entend comme un coup frappé contre une planche.) VALENTIN
'^éjà! — ô Geneviève!
SUCHOT
Vous aimez Geneviève! Voilà ce que vous vouliez me dire? Ma parole d'honneur, je ne m attendais pas à cela. Non, pas du tout, pas du tout.
VALENTIN, à demi voix, en se levant.
Mais... s'il se pouvait!
SUCHOT
Que le mariage se fit dans quinze jours? Oh ! oh ! vous êtes bien pressé.
VALENTIN
Pardonnez-moi, Monsieur Suchot, mais je suis en ce moment toiit préoccupé d'une affaire. .!
SUCUOT
Qui a rapport au contrat? Soyez tranquille, je le ferai moi-mêtne.
Non, une affaire à régler.
•sucnoT Avant le mariage? parlez. Vos affaires sont les miennes — depuis que vous m'avez demandé la main de ma fille.
VALENTIN
J ai une dette : trois mille francs. Pour payer, je veux vendre ma maison, et puisque vous êtes notaire...
SUCHOT
Vendre votre maison? N'aviez- vous pas l'intention de Thabiter avec Geneviève? Vous préférez loger ici? Je n'y vois aucun inconvénient : vendons votre maison.
VALENTIN
C'est que j'aurais besoin de ces trois mille francs... (Nouveau coup au dehors.) bientôt! Et je m'étais imaginé que vous pourriez peut-être...
^"'0 THÉATHE EX PROSE
SLCHOT
Vous les avancer? Parfaitement.
VALEXTIX, à part.
Je suis sauvé : Haut :, Eh bien ! donnez-les moi.
SUCHOT
Aujourd'hui?
VALEXTI.N
.Oui, je VOUS remettrai mes pouvoirs pour la vente. Cest ainsi, je crois, que Ion fait.
SUCHOT
Mais, je n'ai pas trois mille francs, aujourd'hui Dans quinze jours, si vous voulez... ou dans un mois.
• ^Troisième coup au .lehors.) VALEXTLN
Mais si, vous les avez. Je veux dire... Il me semble que je vous ai entendu parler d'une somme...
SUCUOT, allant vers la caisse eC rouvrant.
'Oui, sept mille francs, qui sont dans cette caisse.
VALENTIX, le suivant.
Eh bien!
SUCIIOT, comptant les billets, puis les mettant dans sa poche.
Sept mille. Le compte y est. Mais ils ne sont pas à moi : ce sont les arrérages d'une rente hypothécaire que je vais porter à la Recette Générale. (Montrant son costume .) Vous voyez, je sortais quand je vous ai rencontré, (ii
referme la caisse. Valentin descend, et se rassied, vaincu.) iSoUS reparlerons de votre affaire. (Pi-alou entre par le fond, et, voyant Monsieur Suchot, se tient au fond du thdâtre, à gauche.)Eh! eh! autrefois,
à Paris, vous avez donc fait quelque folie? Bon! ne vous on défendez pas. Je ne suis pas fdché d'apprendre que vous avez eu vos faiblesses, Monsieur l'impeccable. A
JUSTICE Ibl
tout à Fheure. (a part, en sortant:) Je m'en vais faire publier les bans.