‹ Théatre en versChapitre 17 sur 103 · SCENE PREMIERE HILDEGARDE, IRÈNE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE HILDEGARDE, IRÈNE

HILDEGARDE

\i Ta rn\ m'aime? le roi va venir? ce soir mèaie?

e château?

Ravie :

Mon Dieu I le roi de France m'aime î

Moi, petite comtesse inconnue et qui n'ai Pour compagnons au coin de l'âtre abandonné Que les regrets de voir, hélas! mes tristes charmes Par le deuil d'un époux se faner sous les larmes I Mais non! des yeux plus vifs l'attachent à la cour, Et mes regards éteints n'allument pas l'amour.

Avec dépit :

Oh ! j'aimais le défunt et ne conteste guère Sa douceur au logis ni sa bravoure en guerre (Dieu le fasse parmi ses élus respl^endir!); Mais je crois qu'il est mort exprès pour m'enlaidir.

IRÈWE

Soit! la reine sera laide, comme une rose.

IIILDEGARDE

Reine ! quel joli mot !

IRÈNE

Moins joli que la chose.

niLDEGARDE

Mais le serai-je, hélas!

IRÈNE

Eh! vous le savez bien.

IIILDEGARDE

Parle- moi comme si je ne soupçonnais rien.

Le désir de te croire à tel point mé dévore

Que tout ce que je sais, je veux l'apprendre encore.

IRÈNE

Sachez donc que, le mois passé..

niLDEGARDE

Quel joli mois!

IRÈNE

II se fit à Bordeaux des bals et des tournoie Parce qu'on avait eu sur l'Anglais la victoire.

. niLDEGARDE

Ajoute que le roi s'était couvert de gloire.

IRÈNE

Il s'en était couvert, incontestablement.

Vous étiez de la fête, il vous vit, un moment,...

IIILDEGÀRDE

Que béni soit le ciel qui m'inspira l'idée

De mettre t;e jour-là ma robe d'or brodée

Et mon hennin, couleur de miel, à coins d'argènll

^ IRÈiNE

Il vous aima...

niLDEGARDE

Pourvu qu'il ne soit point changeant?

IRÈNE

Et dit : « Quelles que soient sa fortune et sarace, "' sera reine I » •

niLDEGARDE

II faut que je t'embrasse !

IRÈNE

... Puis, grave et n'ayant rien, hors vous, qui lui fût cher,

Se fit river au bras un bracelet de fer,

Jurant de ne quitter, esclave, cette chaîne,

Que vos yeux, par merci, ne Taient tiré de peine.

UILBEGARDE

Le beau vœu !

UiÈNE

Ce soir donc...

UILDEGÀRDE

Ce soir!

IRÈNE

Dès que la nuit

Sera bien sombre...

UILDEGARDE

joie! aucun astre ne Ixiiil

IRÈiNE

... Malgré l'hiver, malgré les Anglais dans. la plaine, Notre sire...

UILDEGARDE

De quel orgueil j'ai Tâme pleine !

' mÈiXE

... Sous un déguisement, sans. pages ni vale*" Lui! le roi!...

HILDEGARDE

Je te fais comtesse du palais !

IRÈNE

... Mettra son cœur qui tremble aux genoux de ma dame!

IJILDEGARDE

ealhoasiaste

Ah! déjà,'sous les plis de la bleue oriflamme

Oii frissonnent les lys comme un essaim vermeil,

Je me vois en habits de soie et de soleiL

Présider les hasards des valeureuses joutes !

On se bat I Le vainqueur qui m'honore entre toutes

S'approche, et je lui tends ma bague ou mon collier,

Fière, avec l'agrément du Roi, mon chevalier !

IRÈNE cérémonieuse

Dieu garde de soucis notre dame là Reine !

niLDEGARDE

solennelle

Dieu VOUS garde, comtesse!

Dans un éclat de rire :

Ah! folles!

Rùfléchissant :

Mais, Irène.

Pourquoi l'heure nocturne et le déguisement?

IRÈNE

^a'on aime en lui non le roi, mais l'amant, iheur ses amis, de peur qu'on ne l'évincé, obscur amoureux vous dénoncent le prince, ^ez vu d'ailleurs : est-il jeune? est-il beau?

UILDEGARDE

Quand on voit la lueur, prend-on garde au flambeau?

J'aime son diadème et nori pas son visage.

Ah! certes, on connaît des sottes dont l'usage

Est de laisser ouvert le chemih d^ leur cœur

Aux ruses des deux yeux baissés avec langueur,

Et plus d'une, enfantine et futile, raffole

D'un propos qui scintille ou d'un plumet qui vole.

Ma fierté, qui ne fait que ce qu'elle a voulu,

N'est pas de ces oiseaux qu'on prend à cette glu;

Libre, je fais captif l'oiselier qui me guette,

Et je suis le miroir plutôt que l'alouette.

Puis, ce cœur triste où vit encore mon époux

Trouve son deuil moins fade et ses regrets plus doux

Que la vulgaire joie où l'amour nous entraîne...

Inébranlable :

Mes pleurs ne tariront que dans des yeux de reine !

Un son d6 trompe, au loin.

Qu'arrive-t-il?

IRÈNE

à la fenêtre

Madame, on a baissé le pont.

Un homme entre.

HILDEGARDE

Je tremble I

IRÈNE

Il parle, on lui répond, Et l'un des serviteurs le guide vers le porche.

niLDEGARDE

Le vois-iu?

IRENE

Mal. Le vent éparpille la torche.

Il traverse la cour, il entre, il estentré.

HILDEGARDE

C'est le roi !

IRÈNE

C'est le roi.

Tout.

niLDEGARDE

Tout estril préparé?

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