‹ Théatre en versChapitre 39 sur 103 · SCÈNE VI CÉSAR SFORZA, DANIELO · texte numérisé non relu

SCÈNE VI CÉSAR SFORZA, DANIELO

CÉSAR SFORZA

d'un peu foin, et en approchant

Pourquoi? Tout acte est bon lorsque Dieu le réelan

La main sur l'épaule de Danielo :

Pourquoi?

DANIELO

Parce que c'est afifreux — en y pensant, Je frémis — de meurtrir un doux être qui sent Bien plus le mal, étant plus faible, et trouve à peine Pour crier qu'on lui vienne à l'aide assez d'haleine!

CÉSAR SFORZA

J'ai cru ton cœur plus sûr. Dis la raison. Pourquoi?

DANIELO

Eh bien! parce que j'aime une femme! Oui, moi,

J'aime une femme! Hélas! je comprends qu'on s'étonne

Que, cierge pour Jésus et lys pour la Madone,

Un cœur d'enfant, captif de devoirs ténébreux,

S'émeuve, et vive, et soit^ comme un autre, amoureux!

J'aime! On n'aurait pas dû me laisser, même une heure,

Sortir de la morose et jalouse demeure ;

Car une fois, pensif, et le regard aux cieux.

Je vis encor Tazur, mais ce fut dans ses yeux !

Ce qui m'a fait l'aimer? Eh! le sais-je moi-môme?

C'est une jeune fille, elle est pâle, je l'aimè!

Elle rêvait à la fenêtre d'un couvent,

Penchée un peu, je l'aime! Elle se met souvent

Une fleur près du cou, je Taime! Tout se dore

Quand elle est là, c'est qu'elle est blonde, je l'adore!

CÉSAR SFORZA

a damné pour le crime et damné pour l'aveu, '^e cœur que l'amour de la chair vole à Dieu.

iW THÉÂTRE EIM VERS *

DANIEL

Dieu ne me défend pas d*aiiner l'un de ses anges ï

Je frapperai, seigneur, s'il faut que; tu le venges,

Maifi une femme! ciel! comme elle! et qui serait

Jolie aussi, peut-être, et lui ressenibleraiiî

Pt\le, avec un front pur dont je connais les charmes,

Elle aurait dans des yeux pareils les mi^mes larmes,

El j'entendrais râler sous le couteau fumant

Cette voix qui me berce en un ravissement t

Car toute femme, enfin, avec celle qu'on aime,

A comme un air de sœur, et c'est presque elle-môme...

La tuer, elle! Ah! ciel!

CÉSAR SFORZA

Va donc. Suis ton chemin.

Qu'un jour de joie, avec l'enfer pour lendemain, Te soit rinfâme prix d'avoir pu te soustraire Au devoir do venger Dieu, l'Église.,,

Il E'mlerroiïipt, il songe, on devina qu'il coniibine un ttiaasojige^ qti'il fornit* tout UD dessein ; il achève : j

Et Ion frère,

DANIÊLO

Mon frère! Vous parlez de mon frère '^

CÉSAR SFOfiZA

Va-ren.

Que t'importe?

DANIELO

Mon frère? Expliquez* vous.

LA REINE FIAMMETTE i35

CÉSAR. SFORZA

/ • Satan ,

Verse tous les oublis dans la coupe d'ivresse.

suppliant

Ah! je veux!...

CÉSAB SFORZA

Qu'est un frère auprès d'une maîtresse?

Qu'il dorme dans sa tombe et toi dans les cheveux De ta belle I

DAMÊLO

Jje veux tout savoir ! Je le veux I

CÉSAR SFORZA

Au fait, tu ne vaux plus que ma pilié t'exempte

D'un tourment, — Vous dormiez, -à l'aurore naissante,

Ton frère et toi. Des gens — tu ne Tas pas rêvé —

Sont venus en tumulte et te l'ont enlevé;

Piqueurs, veneurs avec leurs chiens qui voulaient mordre;

Et ces hommes, gaiement, on fait cela sur l'ordre

D'une femme qui, par les bois, quand le jour point.

Passe, l'arc à Tépaule ou l'oiseau sur le poing,

Chasseresse en habit de nymphe ou de morisque !

DANIELO

Cette femme?

CÉSAR SFORZA

C'était la Reine. A présent, risque épargner encor, faible âme, ton salut.

136 THÉÂTRE EIV VEHS

DANIELO

Pourquoi me l'avoir pris?

Alors, il est vivant!

CESAR SFORZA

Un jeune homme. II lui plut,

Page 1