ACTE DEUXIÈME
Au couvent des Clarisses d'Assise. Une vaste salle. Murs et plafonds de vieille pierre presque noire par endroits. Des ogives très ouvertes forment la voûte.
Une impression et de solennité et de solitude austère. Le cloître a|dû être bâti dans des temps reculés; à l'époque. où vivait sainte Claire, fondatrice de l'ordre.
Au fond, à une assez grande hauteur, une galerie praticable, que soutiennent des piliers lourds, trapus, largement espacés, tourne à angle droit vers une chapelle invisible; un large escalier, au fond, à gauche, descend de la galerie sur le théâtre ; il y a au bas de l'escalier, presque au milieu du théâtre, une statue de sainte Claire très haute.
A droite, au fond, un immense vitrail dont le bord supérieur obéit à une courbe d'ogive, est colorié de scènes évangéliques ou de légendes empruntées à la vie de sainte Claire. H s'ouvre en deux vastes battants, et quand il est ouvert on voit une terrasse et les arbres du jardin et le ciel.
A droite, au second plan, un portique très haut; au premier plan, une petite porte et une étroite fenêtre.
Dans la salle, çà et là, de lourds sièges de chêne; au premier plan à droite, une sorte de banc sculpté, très bas, qui touche à une table de pierre.
La salle est éclairée — il est bientôt neuf heures du soir -- par des lampes allumées aux murs sous des statuettes de madones et de saints et par une autre lampe posée sur la table.
Au lever du rideau, Orlanda est assise sur le banc sculpté, elle oude à la table, comme dans une attitude de recueillement; » être tout à fait monastique, son habillement a quelque chose mablement religieux, avec tout le luxe d'une reine et la fan- .e d'une coquette. Autour d'elle tremble la transparence blanche ' voile. La novice Chiarina, sœur Francesca, et les autres Cla-
risses, agenouillées sur les prie-Dieu, ou courbées devant des images, feignent de prier; mais, en réalité, elles suivent de l'œil la prieure, mère Agraraante, qui, au fond, se promène lentement, un livre sous les yeux, le long de la haute galerie.
SCÈN^E PREMIÈRE
ORLANDA, CHIARINA, MÈRE AGRAMANTE, SŒUR FRANCESCA ET d'autres Clarisses
Dès que mère Agramante a disparu, après un long silence, à droite, sœur Chiarina, qui était en observation au bas de Vescalier, so lôve vivement, en frappant des mains. *
CHIARINA
novice, trës petite fllle
Elle est passée I
UNE NONNE avec d'autres
Enfin!
C'est comme un mouvement jo^'eux d'écolières quand le maître n'est plus là. Pas une ne reste à genoux. Elles courent toutes vers Orlanda — qui, elle-même, n'a plus du tout l'air recueilli — dans un joU brouhaha d'éveil.
CHIARINA
à Orlanda
Oh ! lisez-nous encore Des vers I
Toutes ont l'air do dire : « Oui! oui: »
ORLANDA
preûant un livre sur la table, sous le missel, très souriante.
C'est un sonnet de Pétrarque pour Laur
LA REINE FIAMMETTE i4B
Lisant TArgumeiit du sonnet :
11 se plailit aux beaux yeux de sa daine, loin d'eux, Que TAmour et la Mort lui soient cruels tous deux.
Lisant le sonnet :
Dés étoiles du ciel et des fleurs du pourpris J'avais fait un bouquet de lumière et de neige Pour celle qui me tient Tâme par sortilège ; Mais elle a repoussé Toffrande avec mépris.
Alors un sombre rêve emportant mes esprits.
Sous les donjons, au mur des villes qu'on assiège, J'ai bataillé, chercheur d'embuscade et de piège; Mais j'eus la gloire, au lieu de la tombe, pour prix.
Dans le flot ténébreux que l'ouragan tourmente J'ai cherché le trépas ; mais le flot s'est calmé. Faut-il que mon funèbre espoir aussi me mente?
O dieu d'amour! par qui Pétrarque est consumé, Fais que la Mort, sinon Laura, lui soit clémente, El qu'il puisse mourir puisqu'il n'est pas aimé !
Les nonnes sont ravies, parlent bas entre elles, remercient Orlanda. SŒUR FRANCESCA
Le doux parler I