SCENE VI
ORLANDA, puis LES Courtisans, puis les trois Folles
Après le départ de Ghiarina,*Orlanda a eu un instant de joie d'avoir sauvé Danielo. Puis elle a pensé à la tristesse de sa déchéance. Elle redescend, elle se soutient à peine, elle sb laisse tomber sur lés coussins.
ORLANDA
Je ne suis qu'une femme à présent !
Chétive et triste, avec le souvenir cuisant Des fêtes de jadis et des gloires brisées.
Les gens qui passeront demain sous les croisées De la demeure sombre où je m'exilerai.
En me voyant pareille au rayon dédoré Qui dans le pâle oubli du. crépuscule traîne, Se diront : « Qui croirait, pourtant, qu'elle était rein«? » Je pense qu'à présent Danielo devrait bien Me rendre son amour puisque je n'ai plus rien. Malgré mon sacrifice au cruel que j'adore, Dieu du ciel ! s'il allait me détester encore !
Dans les jardins, des rires, des saints, autour de Giorgio d'Ast. La reine se redresse.
On rit! Oui. C'est qu'on sait déjà la chose. Il plaît
A ces lâches d'avoir le roi qu'il leur fallait.
Et leur déloyauté s'enorgueillit qu'on dise
« Sire » au parjure, et « Votre Altesse » à la traîtrise ! rit encor ! De mon désastre I Mais pourquoi it le monde est-il donc si méchant avec moi ?
Elle pleure. Le3 groupes se sont rapprochés. Au premier pang Jean Gesauo, Jean Vasari et leurs compagnons. Les trois folles sont entrées.
Bientôt toute la cour les suivra, curieuse et méehante. Orlanda se tourne vers les folles.
Tout le monde? Non pas. Venez là, mes chéries, Vous m'aimiez.
Elle les embrasse.
Votre rire et vos espiègleries Amusaient les soucis de mon cœur allégé; Vous ne guérirez pas la tristesse que j'ai.
Elle s'assied dans la chaise, à gauche. Les folles, attendries, l'entourent. Toute la cour regarde. — A "Viola :
Tu sais? Je ne suis plus reine. C'est la nouvelle. Nous n'irons plus, nous quatre, en folle ribambelle. Par les jardins. Mon Dieu, comme nous avons ri! Et nous pleurons. Un soir, dans le buisson fleuri, Nous trouvâmes un nid léger de tourterelles; Pour savoir qui l'aurait ce furent des querelles, Et les oiseaux ont fui vers le ciel étoile.
Plus vite encor tout mon bonheur s'en est alïé.
Les folles se détournent en pleurant.
Ne vous éloignez pas, enfants 1 Cette couronne
Que tant d'ambition et de haine environne,
Je veux que ce soit vous qui me l'ôtiez du front.
Pendant que les folles lui retirent le petit diadème :
Quand je ne l'aurai plus, qu'est-ce qu'ils en feront?
Elle leur prend la couronne des mains, elle la regarde.
Pour un homme, elle est bien trop petite et trop frêle. Hélas! qu'elle est jolie. Elle me faisait belle. La lueur des joyaux, c'est mon nom figuré :
Fiammetle !
EUo la leur fait admirer.
Sous la perle et le rubis pourpré Chaque ramille d'or si frôle qu'elle bouge S' étoile d'une fleur qui serait blanche et rouge.
Elle baise la couronDe.
Je Taimais !
En ce moment, des voix, point trop lointaines, entrent par la fenêtre. LES VOIX
Vers l'inconnu qui nous invite
On ne sait où, Est-ce le vent qui va plus vite
Ou l'oiseau fou?
OKLANDA
Écoutez 1 Qu'est-ce donc qu'on entend?