SCÈNE PREMIÈRE FRANÇOIS, TOL^ETTE
TOINETTE, repassant et considérant François absorljé.
Eiicor dans tes soucis, triste, la tète basse, A ruminer ton mal ! Le mal vient, le mal passe, François.
FRANÇOIS
Voilà des jours, le brigand, et des jours (,'u'il est venu chez moi, femme; il y est toujours.
le iiiédecia l'a dit : c'est de la patience <.u'il faut.
Les médecins y perdent leur science, Va, quand un pauvre corps est usé jusqu'au bout. Les jeunes gens, oui, vite à bas, vite debout! La sève est là, le grand docteur. Mais à mon àgel Soixante et dix ans! Lorsqu'on s'est mis en ménage (Ça fera vingt-deux ans bientôt), j'avais pourtant La cinquantaine presque, et j'étais résistant, Solide encor, la mine et la poigne hardies. Et je m'en moquais bien, alors, des maladies. Mais à présent!
TOINETTE, allant vers l'ùtre poseï- son fer à repasser.
Allons, tu parles, tu vas mieux.
Non, non, le mal est là, toujours, au fond des yeux! Dans la tète ! Du plomb qui bout. Et de la cendre. Et je sens ça le long des membres me descendre.
Montrant son bras droit paralysé.
Le bras raide, les doigts gourds, comme estropiés.
Essayant en vain de se lever.
Si je veux me mouvoir, le sol me colle aux pieds. Ah! c'est fini. Je suis une bète fourbue.
TOINETTE, le recalant dans son fauteuil.
Voyons, François. El ta tisane, tu l'as bue?
FRANÇOIS
Oui, oui.
TOl.NETTE
Tu n'as pas faim?
FRANÇOIS
Faim? Non.
TOINETTE
As-tu bien chaud?