ACTE QUATRIEME
MAITRE PIERRE, ^uppiiant.
'arce que, chemineau, parce que j'ai compris }iie toi seul peux sauver, toi seul....
LE CHEin>EAl'
Tu sais mon pris.
MAITRE PIERRE, même jeu.
'oyons, boiivchemineau, sois raisonnable, ilcoule ! e les aime, mes bœufs, certes. Quoi qu'il en coûte 'our les guérir, j'en fais mon deuil, sans marchander, lais la main de ma fille! Xh.'. c'est trop demander, fout ce que tu voudras, tout, mais pas ça!
LE CHEJILSEAU, faisant miae de s'en aller.
Bernique !
('a voir crever tes bœufs.
MAITRE PIERKE, le retenant.
Pourtant, ma tille unique!...
LE CHtilLNEAU
)n ne le dirait pas! Tu la sais en danger, ;ile aussi, qui ne veut ni dormir ni manger ;
t je peux la guérir, et je m'oifre à le faire,
t tu refuses! Va, reste orgueilleux; préfère
le triste orgueil à tout, même à sa guérison.
ilais prends garde! Une fois entré dans la maison,
jQ malheur n'en sort plus qu'avec la panse pleine.
Jn goinfre! Après tes bœufs, il mangera la laine
)e tes brebis, tes blés en meules, ton grenier.
Ton argent, oui, tes beaux écus, jusqu'au dernier.
)n en voit tôt la fin, quand la pile s'écroule.
Jn s'en va! l'autre suit! Core un! C'est rond. Ça roule.
'argent vous fuit des doigts comme du vif argent, [■es mains vides! Plus rien! On est un indigent.
MAITRE PIERRE, affolé.
Oh! non, non. chemineau, non, dis! Pas si tu m'aides! Le mauvais sort, tu peux le chasser. Tes remèdes,
Tes secrets, ton savoir, j'y crois. Il me les faut.
Ah! nous sommes perdus, si tu me lais dél'au!.
i\e laisse pas entrer le malheur par ma porte !
j'ai peur pour mon enfant. Tout le reste, qu'importe!
Sauve mes biens : je t'en donnerai la moitié.
Mais elle, elle! Ah! j'ai peur. Ne sois pas sans pitié!
LE CHEMIXEAU
Ne l'as-tu pas été pour la pauvre Toinette'?
Pour François? Pour le gas? Hein? Allons, sois honnête,
Avoue.
MArrRE PIERRE, raincu et humble.
Oui, je l'avoue.
Et qu'en te refusant Tout secours, je serais dans mon droit à présent!
MAITRE riEP.RE, même jeu.
Sans doute.
LE CUE.MlJiEAU
Et que mon gas, bâtard ou légitime, Est un gas brave, bon, digne de ton estime!
MAITRE PIERRE, même jeu.
J'en conviens.
LE fllEMI.NEAU
Tu le lui diras?
MAITRE riERRE, même jeu.
C'est mon devoir.
LE CHEMINEAU, s'égavant de plus en plus.
A la bonne heure! .4Jors, arrive, et tu vas voir
Que je vaux mieux que toi, moi le gueux sans chevance.
Car je n'exige plus d'être payé d'avance.
Comme à la foire, tu ne paîras qu'en sortant,
Quand je t'aurai rendu ton bétail bien portant.
Ayant (toujours le rire au bec, c'est ma nature)
A tes bœufs comme à toi dit la bonne aventure.