‹ Théatre en versChapitre 78 sur 212 · SCÈNE Y ZYTIIOPHANES, JOHA>'NÈS endormi, FLAMMEOLA · texte numérisé non relu

SCÈNE Y ZYTIIOPHANES, JOHA>'NÈS endormi, FLAMMEOLA

FLAMMEOLA, paraissant à la porte de droite.

Eh bien?

zîTHOPHANÈS, allant à elle, puis lui montrant le lit.

De mieux en mieux. Voisl Calme. Plus de fièvre !

Elle s'est approchée à pas silencieux, et elle contemple 1( guement Johannès endormi.

FLAMMEOLA

Un sourire fleurit dans le pli de sa lèvre.

ZÏTHOPHANÈS

C'est qu'il pense à loi.

FLAMMEOLA

Non, je n'ose pas y croire.

Si.

ZYTHOPHANÈs, l'emmenant loin du lit.

Hier déjà je l'ai trouvé plus radouci.

J'entends, il me parlait de ton prochain baptême !

Mais, de quelle façon ! Puis, la preuve qu'il t'aime,

C'est qu'il ne veut plus fuir, comme voilà huit jours;

C'est qu'il m'écoute aussi, sans m'objecter toujours

Son Dieu sévère avec ses farouches apôtres.

Quand j'essaie à mon tour de lui dire les nôtres.

Ces chrétiens n'ont pas tous, d'ailleurs, comme on le croit,

Le cœur revêche à la beauté, l'esprit étroit.

FLAMMEOLA

Lui surtout I Son âme est jeune.

ZTTHOPHANÈS

Et même ingénue.

En elle peu à peu ma sagesse insinue L'ellébore qui doit chasser de sa raison Les fantômes fumeux du mystique poison.

Sa maladie enfin l'a rendu plus débile. Et j'en profite. Eros ingénieux, habile A se servir de tout, à ne rien négliger Des moindres choses, dans son boire, son manger, Son sommeil, par les chants, les parfums, le bien-être, Ainsi qu'un philtre aux sucs lents et sûrs, le pénètre. Bref, je veux que tu sois heureuse, et c'est l'instant De lui donner le coup de eràce qu'il attend, Dans ce dernier combat que vont livrer tes charmes, Gladiatrice armée, à ce vaincu sans armes.

JOHANNÈS, s'éveillant.

Ah!

FI.AMMEOLA

11 vient de parler. Écoute.

ZYTHOPHANÈS, allant vers le lit.

Je suis là, Cher Johannès; regarde.

En passant derrière le lit, il a fait de la main le signe convenu avec Cappadox,et,à partir de ce moment jusqu'à la fin de l'acte, la musique joue en sourdine, tantôt clairement perçue, tantôt arrivant seulement par bouffées sonores et vagues.

FLAMMEOLA, s'approcliaiU du lit à son tour.

Avec Flammeola.

JOHA-NNÈS

Comme vous êtes bons! Votre bonté me touche. Merci.

ZYTIIOI'HA.NÈS

Ne veux-tu pas quitter un peu ta couche Pour voir si tes pas sont plus forts?

JOIIA^'^ÈS, s'asseyant sur le rebord du lit.

Je ve«x bien, oui,

Oui.

11 se lève et essaie de faire un pas.

Mais qu'est-ce que j'ai? Je suis comme ébloui. Je chancelle.

FLAJIMEOLA

Permets que mon bras le soutienne.

Viens, et tu sentiras, ma marche aidant la tienne, Sous tes pas allégés se fondre avec douceur Ces tapis de fourrure à la molle épaisseur.

Elle le fait marcher comme un enfant.

JOHANNÈS, marclwnt lentement jusqu'au fauteuil qui est à droite.

Oui, c'est vrai.

En s'asseyant.

Quelles sont ces musiques lointaines?

ACTE QUATRIÈME FLAMMEOLA, assise sur des coussins aux pieds de Joliannès.

[i'eau nocturne sanglote aux vasques des fontaines; La brise chante dans les arbres eu rêvant; Et là-haut, sous les fleurs, un orchestre savant ilèle, à ces bruits de vent qui passe et d'eau qui coule,. La flûte qui gazouille et le cor qui roucoule.

ZYTHOPHA>"ÈS

'J'est-ce pas très exquis ?

Presque ti'op, j'en ai peur.

1 semble autour de moi que flotte une torpeur )ans l'air où la musique aux parfums se marie. il cet air, à travers ma chair endolorie, 5'infiltre en le troulilant jusqu'au fond de mon cœur.

Page 1