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^i L convient de rappeler ici que la direction opposée suivie par celui-là et par ceux-ci, ne s'observa pas chez eux seuls, et que toute notre littérature du siècle d'or apparaît divisée de la même manière, sans intermédiaire, en deux branches différentes, la picaresque et l'idéale. La première avait de son côté beaucoup plus de tradition populaire, comme le démontre la copieuse collection de pièces nationales détachées, pièces très rares parfois, entretiens, couplets, intermèdes et même comédies antérieures à Lope de Vega. A tout cela il faut joindre un grand nombre de livres célèbres en prose, depuis la première et la seconde Célestine et la comédie Séraphine ^ par exemple, jusqu'à
l'Histoire delà vie du Buscôn ou Grand Ta^ cagnCy en passant parles autres Gélestines de noms divers, par Le La^arille de Tormés^ Rinconete et Cortadille, Gupnan d'Al/arache ou la Picara Justifia^ par le plus grand nombre des nouvelles de Salas Barbadillo et de divers esprits moins heureux, mais également riches en peintures de mœurs des plus charmantes. Ici les re'gulateurs des genres, qui donnent aujourd'hui l'imitation réaliste pour unique loi de l'art, ne doivent regretter aucune perfection. Jamais le naturalisme contemporain n'est parvenu, ni ne parviendra à peindre d'un pinceau plus saisissant un espiègle mendiant tel que celui duLajizr/7/e, des fripons retors ou débutants, avec plus de relief que Monopodio, Rinconete et Cortadillc, ni une entremetteuse, telle que Célestine, ni un famélique comme Pablo le chercheur, ni des crocheteurs, ou agents de police, des bravaches et des femmes de mauvaise conduite, pour ne pas mentionner des gens de plus haute extraction, pareils à ceux dont Quevedo nous donne le portrait en prose et en vers. Que les Français, s'il y en a qui me lisent, ne le prennent pas pour un indiscret amour de la patrie, amour dont je cherche
h m'eloigner dans mes jugements et dont je crois m'écarter ordinairement; mais, pour moi, leur premier maître en réalisme, Rabelais, ne souffre même pas la comparaison avec les grands e'crivains naturalistes de notre siècle d'or.
A côté de ce riche torrent, qui produisit les plus grandes beautés de la prose castillane, surgit et coula plus abondamment encore le grand fleuve de notre art dramatique qui recueillit dans ses eaux tous les éléments théologiques, métaphysiques, politiques, et essentiellement sociaux de notre civilisation. Dans ce temps encore, sans être lues autant dans leurs livres spéciaux, les œuvres de chevalerie triomphaient plus que jamais, dans les Romanceros, tant moresques que chrétiens, mais toujours chevaleresques, et sans doute dans l'opinion générale. Sous le régne de Philippe II, se trouvaient encore dans toutes les mains des traités juridiques, imposant obligatoirement, rien moins que Théroïsme de Guzman le Bon^ comme on le voit dans le traité du docteur Antonio Alvarez sur les gardiens des citadelles et châteaux forts '.