ACTE II, SCÈNE I
dès que votre frère aura réuni cet argent, vous verrez comme nous ferons bon ménage ! car je vous aime, Mariquita, et je vous aime bien; vous êtes une charmante fille, Mariquita, et vous avez les plus beaux yeux du monde; vous avez... » que sais-je encore?... enfin, ni plus ni moins que ce que vous disent tous les hommes.
DONA AGl’STINA.
Oui, tous les hommes qui sont des brutes, qui n’ont aucune éducation, aucun talent, et qui ignorent jusqu’au latin.
DON A MARIQl'ITA.
Le latin ! au diable avec son latin ! Lorsque je lui demande la moindre petite chose, le voilà qui me rabâche encore du latin ; et pour me dire qu’il .veut se marier avec moi, il me cite trente-six mille auteurs. Maintenant veuillez m’expliquer, madame, ce que les auteurs ont de commun avec tout cela, et en quoi il leur importe que nous nous mariions , oui ou non.
dosa agustina.
O ignorance crasse ! Allez, don Hermogène, je vous avais bien prévenu. Il faut absolument vous dévouer à l’instruire et à la décrasser, car véritablement sa stupidité me fait monter le rouge au visage. En ce qui me concerne d’ailleurs, Dieu sait si j’ai pu lui sacrifier plus de loisirs ! Vous sentez qu’occupée comme je le suis perpétuellement à aider mon mari dans la composition de ses ouvrages, à les lui corriger avec ce zèle dont vous avez été
témoin, à lui suggérer ensuite les idées nécessaires pour que chaque œuvre atteigne sa perfection, je n’ai pu disposer d’une seule seconde pour me consacrer à l’instruction de mademoiselle. D'un autre côté, vous ne pouvez vous imaginer à quel point ces marmols-là m’assomment ! L’un pleurniche , l’autre demande à tctcr, le troisième casse les tasses, le quatrième dégringole en bas de sa chaise ; enfin, ils me tiennent sans cesse sur le qui-vive. Oh ! oui, je l’ai répété assez souvent ! pour les femmes savantes la fécondité est une malédiction!
nONA MARIQUITA.
Une malédiction ! Ah ! ma sœur, que vous êtes singulière en toutes choses ! Pour moi, si je me marie, le ciel m’est garant, par exemple...