ACTE II, SCÈNE I
pie d’une semblable obstination ? Eh bien , non , monsieur! Si je suis une iguorante, tant mieux pour moi! Je sais écrire et arranger des comptes, je sais préparer un bon plat , je sais repasser, coudre, rentraire et broder; je sais enfin avoir soin d’une maison , et j’aurai soiu de la mienne, de mon mari et de mes enfants, madame; et c’est moi qui me charge de les élever ! Or maintenant, répondez, mes maîtres, n'est-ce point assez de science comme cela? Dois-je donc être condamnée à devenir un docteur femelle et un bas-bleu ? dois-je suer sang et eau pour analyser la grammaire ou rimer des couplets? Mais pourquoi faire, ma sœur ? Serait-ce pour mieux perdre le jugement? Car, Dieu me pardonne, notre maison a tout l’air d'une maison de fous, depuis que mon frère a donné dans le vertige littéraire. Sans cesse le mari et la femme se disputent pour établir si telle scène doit être allongée ou raccourcie; sans cesse ils sont à compter les syllabes sur leurs doigts, afin de voir si les vers ont leur mesure juste, ou non ; ensuite, ils sont à réfléchir si l’incident nocturne doit être placé avant la bataille ou après l’empoisonnement ; puis, du matin au soir, ils se mettent à fouiller et Mercures et Gazettes, et alors ils déterrent les noms les plus baroques , des noms qui se terminent presque tous en nf ou en gruf pour en farcir leurs épisodes : et pendant ce temps-là les chambres se balayent comme elles peuvent, le linge est réduit à se blanchir tout seul , et les bas à se raccommoder d’eux-mêmes. Mais le
pire do tout, c'est qu’on (line par cœur et qu'on soupe de mémoire. Ainsi, que croyez-vous, don Sérapio, que nous ayons mangé à dîner dimanche dernier?
DON SÉRAPIO.
Mais, mademoiselle, comment voulez-vous que je sache... ?