‹ Théâtre espagnolChapitre 142 sur 405 · ACTE II, SCÈNE VII. S · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE VII. S

ma sœur senUl son cœur étoulfer dans sa poitrine, et dès lors vous comprenez... Mais enlin elle est un peu mieux, et c’est là l’essentiel. D’ailleurs tout ceci s'est passé comme un éclair : pénétrer dans la loge, et assister à la bagarre que je viens de vous décrire, ce fut l'affaire d’une seconde. Hélas! seigneur mon Dieu ! que sont devenus tous nos rêves d’or?Oh ! je l’avais bien prophétisé, moi , qu’il était impossible que cette comédie. .

{ Elle va s’asseoir près de dona Ajcustiua.)

BON ÉLEITRIUO. <

Et dire qu’il n’y a pas moyen d’obtenir justice d’un tel meurtre! Don Hermogène, don Hermogène, mon ami, vous qui savez toute la valeur de ma pièce, instruisez donc ces messieurs... Ou plutôt, tenez... la voici. (Il tire la comédie de sa poche, et la lui donne.) Lisez, mon ami, lisez-leur tout le second acte, et qu’ils me disent, après cela, si une femme qui n’a rien pris. depuis six jours n’a pas de bonnes raisons de se sentir agoniser, et s’il n’est pas simple comme* l'alphabet qu’un enfant de quatre ans demande du pain à sa mère ! Oui, lisez, monsieur; et quand vous aurez tout lu , je prierai qu’on me réponde si ce n'est point violer les lois de la conscience et les lois de Dieu que d'assassiner un homme de cette façon !

l'O N IIEKMOGÈNE.

Moi , cher don Éléutério , je ne saurais pour le quart d’heure me charger d’une pareille lecture.

(Il met la comédie sur la laide; Pépé la saisit avidemevit, s'assied sur une chaise, à distance, et dévore la pièce avec volupté.) ( . est

20 i LA COMÉDIE NOUVELLE, OU LE CAFÉ.

que, voyez-vous, mon ami, je suis fort pressé : mais nous nous retrouverons, et un autre jour...

DOM ÉLEl’TÉKIO.

Comment ! vous nous laissez , don Hermogène ?

DOMA MARIQUITA.

Vous nous quittez ainsi?

Certainement, si ma présence devait d’une manière quelconque apporter un soulagement à votre position, je ne bougerais pas; mais les circonstances étant telles. . .

DONA MARIQl'lTA.

Vous ne pouvez nous abandonner !

DON HERMOGÈNE

Il m’est trop douloureux, mademoiselle, d’assister à cet amer spectacle; et d’ailleurs j’ai des travaux qui me réclament. Maintenant, quant à la comédie , tout est dit sur son compte ; elle est enterrée, et il est impossible qu’elle ressuscite jamais. Néanmoins, comme je suis à cette heure occupé à écrire une apologie de notre théâtre , je citerai votre pièce avec éloge; je proclamerai qu’il y en a d’autres qui sont plus détestables; je prouverai que si elle manque de règles et de connexion , cela tient à ce que l’auteur fut un grand homme : je tairai ses défauts. . .

DON ÉLEUTÉRIO.

Quels défauts?

DON HERMOGÈNE

Votre comédie en renferme quelques-uns.

( Pêpé sort, en laissant la pièce sur la table.

DON l’ÈÜRE .

Mais vous no parliez point ainsi à monsieur il u’y a que très-pou de temps.

C’était pour l'encourager.

, \ 1 DON CEDRE

Dites, pour le tromper et le perdre. Autrement, dès qu’il était 'établi à vos yeux que la comédie ne valait rien, pourquoi ne l’avoir pas déclaré? Pourquoi, au lieu dp conseiller à l’auteur de ne plus griffonner de semblables misères, avez-vous tout fait pour porter aux nues son génie, et le persuader de l’excellence d’un ouvrage aussi pauvre et aussi ridicule?

DON HERMOGÈNE

Parce que monsieur est dépourvu du critérium et de la syndérèse nécessaires pour comprendre la solidité de mes argumente, si j’essayais de le convaincre que sa pièce est mauvaise.

DONA AGCSTINA.

Comment, elle est mauvaise !

DON HERMOGÈNE

Au delà de toute expression.

. . DON ÉLEUTÉRIO.

Ce langage est-il sérieux ?

DONA AGCSTINA.

Allons , vous plaisantez , don Hermogène ! oui ; cela doit être. •

DON CÈDRE

Non , madame ; don Hermogène, ne plaisante

-2iH) LA COMÉDIK' NOUVELLE, OU LE CAFÉ.

plus; il confesse la vérité. En un mol , cette comédie'est exécrable. •

DONA AGUSTINA. ' ■

Doucement, s’il vous plaît, monsieur! Qu’un ami se permette une épigramme par fantaisie de rire, passe! mais que vous vous en fassiez l’écho de cette manière, c’est par trop. fort. On vous connaît enfin : vous êtes de ces illustres bonnets qui blasphèment à propos de tout ici-bas , et qui trouvent tout abominable, excepté leurs propres, ouvrages. Mais je vous invite une bonne fois. . .

nos PÊDRE, à don Éleuterib.

Mon Dieu , monsieur, si vous êtes le mari de cette dame, obligez-moi donc de la faire taire ; car, quoique ses paroles ne .puissent jamais aller jusqu’à m’offenser, c’est une chose vraiment ridicule que de là voir ainsi raisonner et trancher stir des matières auxquelles elle n’entend rien.

‘doua agustina!

Auxquelles je n’entends rien ? Mais qui donc vous a fait croire , monsieur...?

(Elle se lève tout eii fureur.)

DON KLKLTKRIO..

Pour Dieu, Agustina ; point d’emportements!

( il ta retient.) Tu vois déjà dans quel état tu t’es mise. . . Bonté du ciel, quelle situation! (Se tournant vers don Hermogène.) Quant à vous, mon ami, sur mon honneur, je ne sais que penser de votre conduite.

DON HERMOGÈNE

Pensez-en ce que vous voudrez. D’ailleurs, mon

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