ACTE I, SCÈNE IV
fuie Isabelle. Le coup fut terrible!... C'était hier; j’achevais de m’installer au logis. . . A ce moment, don Roque arrive et m’apprend qu’il est en grande fête, parce qu’il a nouvellement convolé ; et aussitôt, pomme faire apprécier son choix , il appelle sa femme. Elle se présente, accompagnée de dona Béatrice. Si tu avais été là !.. . Pas une parole ne s’échappa de mes lèvres, tandis que la cruelle cherchait" encore à dissimuler. Mais vains efforts! Oui, je la vis tout en larmes , et frappée de stupeur, lancer des regards de côté et d’autre, comme une folle, sans pouvoir même réussir à parier. Que je suis malheureux!... Du reste, le mari est un imlx'cile, et il ne s’est douté de rien.
GINÈS
N’avez-vous eu aucune explication avec la dame?
DON JCAN.
Si fait; hier au soir, dans un de ces appartements. Que de paroles mielleuses, que de grâces, que d’astucieuses cajoleries dépensées à modérer ma fureur et à me tromper de nouveau ! Mais à peine l’avait-elle essayé, que son époux survint. Aujourd’hui je ne peux ni ne veux la revoir. Qu’aurait-elle à me dire? Comment établir à mes yeux sa constance et la sincérité de son amour?... Que pourrait-elle alléguer?
GINÈS
Peut-être, monsieur, la violence exercée par son tuteur. . . Elle est encore bien jeune, et elle était si tyrannisée !
2t LK YIElLLARli ET LA JEUNE MLLE.
DON Jl'AN.
Hélas! Ginès, sa conduite est sans excuse. Ne cherche pas à la disculper, car je suis trop à plaindre. Oui , pour moi la fuite, l’expatriation; pour elle, délivrée de ma présence, toute l’ivresse du triomphe! Et ne pouvoir la punir de sa lâche trahison et de ses douceurs hypocrites! Allons, Ginès, rends-moi cette lettre.
(.INÈS , lui rendant la lettre.
(.hie pensez-vous faire ?
IM» JL' AN.
Eli! le sais-je? J’ai l'imagination si bouleversée, que j’hésite entre l’énergie et la faiblesse; et cent idées contraires viennent à la fois me torturer le cœur. Va, rentre, et serre dans le coffret mes papiers tous ensemble, car ma malle a déjà reçu le reste de mes effets. Ginès, me suivras-tu ?
GINÈS
Oh! monsieur, je vous suivrais volontiers au bout de la terre! Seulement, ce qui m’afflige, ce sont vos chagrins.
DON JC AN.
Ainsi , Ginès , lu ne m’abandonnes pas , toi ?
GINÈS
En moi, monsieur, vous ne trouverez jamais de changement; j’ai toujours été à vous, corps et ùme.
DON JUAN
Fais ce que je t’ai ordonné, et garde le silence.
(liint's sort.)