ACTE 11/ SCÈNE VHI. 22t
faites amende honorable en ce moment. Veuitle donc te ciel que tous ces insensés qui aujourd'hui tyrannisent et corrompent notre théâtre par leur maudite rage d’être auteurs, puisqu’ils vous ont appris à extravaguer, apprennent de vons enfin à se repentir de leur folie!
FIN ni ItKI XIKMK KT DERNIER ACTE.
LE BARON
NOTICE
jim r
LE BAHON.
l>e t Autos lés productions de l’esprit humain , les ouvrages dramatiques sont les pins exposés aux câpriers continuels du hasard et de la multitude, te succès augmente encore les cabales et leurs fureurs, en môme temps qu’il redouble les exigences du vrai public. Aussi le triomphe de la Comédie nouvelle devait-il rendre la tâche du poète plus lourde , et ses ennemis l’attendaient à sa troisième épreuve, avec l'intention bien arrêtée de lui porter le coup fatal.
En 1787 , Moratin avait écrit sous co titre , el Baron , une espèce d'opéra-comique destiné aux représentations d’amateurs qui Se donnaient alors dans le palais de madame la comtesse douairière de Benavente ; mais , soit pour une raison, soit pour une autre, la pièce ne se monta point, et le manuscrit courut il travers lâ ville, où il fut accueilli avec plus d’estime et d’attention qu’il ne le méritait peut-être.
Cinq ou six années après, quelques envieux, profitant d’une longue absence de l’auteur, s’emparèrent du manuscrit et parvinrent à le travestir de la maniéré la plus étrange. Défigurer le sujet , altérer les situations et les tirades, supprimer des morceaux du chant, et transformer l’ouvrage en une affreuse earicature de pièce, tout cela fut considéré comme de très-bonne guerre- •
Or il existait à cette époque , parmi les musiciens de la chapelle royale, un brave homme, l’organiste don José Lidon, qui savait sans doute toucher de l’orgue : mais de là à composer un opéra, il y a fort loin. Ce fut pourtant don José qui se chargea de mettra en musique l'abominable parodie du Baron. La partition livrée , la jeunesse oisive
NOTICE
de Madrid s’offrit pour achever le massacre. Elle écorcha sans musique le llaron sur les scènes particulières de la capitale, et le théâtre de Cadix Unit même par donner sérieusement asile à cette pasquinade infâme.
Mais Moratin revient. Qu’on juge de sa surprise et de sa douleur! Il redemande la pièce à grands cris, on La lui restitue. Néanmoins toute sa sollicitude est sur le point d’échouer contre l’organiste don José, un ami cependant , mais qui aimait sa partition comme en aime une fille unique. Enfin l’organiste lâcha prise, il enterra sa musique sous les plus beaux volumes de son répertoire, et consentit à ceque li- Baron fût récité et non chanté. Dès lors Moratin put respirer plus à l’aise } il se remit courageusement à l’œuvre , et en refaisant le tout il parvint à tirer, d'un opéra-comique très-défectueux , une excellente comédie.
Restait le choix du théâtre. Moratin choisit la troupe de Ribéra, qui avait si vaillamment soutenu ses deux premiers ouvrages. Mais, de son côté, la cabale veillait. L’organiste lui ayant fait défaut, elle appela à son aide un mauvais plagiaire , qui se vantait de savoir manier la plnme. Celui-ci reprend le manuscrit primitif du Baron, le dépouille du chant, le retouche, fabrique un troisième acte; et, changeant jusqu'au sexe du titre., il apporte à une troupe rivale sa comédie, la Lugarrna oryullosa [ta Paysanne ortjkeilleitsey, sans oublier toutefois d’insulter , dans une préface foudroyante , notre grand poète. Les acteurs de Ribéra n'étant pas prêts encore , la. ' Paysanne orgueilleuse est jouée la première sur le théâtre de los Cailos ; mais , à la seconde représentation , il ne manquait au chef-d’œuvre du nouveau Zoïle que des spectateurs.
Enfin la troupe du théâtre de la Cruz annonce le véritable Baron, le 28 janvier L803. La cabale avait juré tout haut que la pièce serait sifflée ; mais les savantes manœuvres de ses satellites furent infructueuses jusqu’à la dernière scène. Là, ramassant toute son énergie et toute son ardeur, la
bande soudoyée exécute un vacaruie effroyable, interrompu seulement par les applaudissements du public sérieux.
Nous avons vu déjà, dans la Notice sur la Comédie nouvelle, que les acteurs espagnols ne manquaient ni d’esprit ni de courage. Au plus fort de la tempête. Antonio Pinto, chargé du rôle de don Pèdre, s’écrie d’une yoix ferme : « Messieurs, tous les acteurs ont la conviction prou fonde que la pièce qui se termine en ce moment est un de « ces chefs-d’œuvre qui illustrent la scène espagnole. Une « grande partie du public se déclare du même avis, mais le « restant de l'assemblée prend à tâche de nous signifier le « contraire. Qu’on veuille donc bien se mettre d’accord, et « nous dire si la pièce doit être rejouée demain, oui ou « non.» Non! non! vocifèrent les tapageurs; et, croyant la soirée décidée, ils se précipitent hors des portes pour proclamer leur victoire.
Des groupes se forment; on se déchaine contre Moratin sur la place, dans les rues, dans les cafés, dans les cabarets. Les plus violents, ce sont ces Aristarques menteurs qui ont pour habitude de gémir sans cesse, de déplorer qu’il ne se fasse rien de bien, et qui, lorsque réellement une œuvre de mérite surgit, sont les premiers à lui laucer leurs traits empoisonnés.
Ce soir-là, nombre de pédants et de bas-bleus ne s’endormirent que fort tard, mais du sommeil du juste. Les uns et les autres s’étaient hâtés de célébrer par de misérables pamphlets le triomphe de la partialité et de l’ignorance sur le talent et le vrai mérite. Les vieilles haines et toutes les sourdes rancunes s’exhalèrent même dans les couplets mordants de la satire.
Mais ces persiflages en vçrs et en prose eurent le sort qu’ils devaient avoir. Aussitôt lus, aussitôt déchirés; et, à la seconde représentation, la seule tempête qui interrompit les acteurs fut une tempête de bravos !
PERSONNAGES
LE BARON
FERMINA.
PASCAL
La scène se passe à Illtscas dans une salle de la maison de la tante Monique.
Le théâtre représente une salle dans une maison de village. Porte à droite donnant sur le vestibule; porte à gauche menant vers l’intérieur de la maison ; porte au fond, avec un escalier par où l’on monte à l'étage supérieur.
L’action commence à cinq heures de l’après-midi, et se termine à dix heures du soir.
DON PÈDRE
LA TANTE MONIQUE ■
ISABELLE
LÉONARDO
1 Eo Espagne, dans les villages, le titre de tante, lia, se donne généralement aux maîtresse* de maison d'un certain âge, a moins qu’elles n’oecupent une position sociale exceptionnelle.
* Village 6ltué entre Tolède et Madrid.
LE. BARON
COMEDIE EV DEl’X ACTES,