ACTE II. SCÈNE I
manières contractent à un si haut point, qu'il u y a pas ombre d.e ressemblance entre nous. Or, les contrastes se révèlent, et plusieurs jeunes gentilshommes. dignes d’inspirer les plus nobles sympathies, ont bien voulu-, malgré mes faibles droits à cet hommage, tourner les veux de. mon cAté. Mais je vous proteste , don Claude , que je suis demeurée sourde aux accents de leur désespoir : jls n’ont trouvé en moi qu’indifférence et froideur. Vous l’avoueraije? Ne m’éloignant jamais du foyer paternel, jamais mon nom ne s’est trouvé mêlé aux propos de la foule. Ma seule parure a toujours été l’humble costume que vous voyez; mes seules distractions, je les ai cherchées dans la prière , dans la méditation de livres pieux et édifiants. Hélas! même au sein de Tanstérfté, que nous sommes encore esclaves du mal ! Et-dire que nombre de mes compagnes s'abstiennent dé suivre dételles pratiques ! Ma cousine. . . après tout, son sang est le mien , et je gémirais du fond du coeur si quelqu’un iei-bas pouvait me supposer le dessein de m’élever contre la vie qu’elle mène. Jésus m’en préserve !
DON CLAUDE
Vous avez raison, mademoiselle ; mais tout ici vient prouver combien une cousine l’emporte sur l'autre. Tenez, cet air modeste et plein de grâce, cette mise simple et de si bon goût ,' et plus encore la magie de ee regard.,. Ah! dona Clara, que de victorieux attraits !
DONA CLARA
Croyez-moi, mon ami, par-dessus tontes choses,
LA FAUSSE DÉVOTE
c’est la vertu , le saint recueillement, la crainte du Seigneur, qu'il faut aimer. Quand je vois tant de jeunes filles dé mon âge (et peut-être Fexemple estil bien près de nous), quand je les vois chaque jour revêtir d’un beau semblant les libertés les plus déshonnêtes , et couvrir du nom d'élégance ou de bon ton la publicité des excès et le scandale du vice . Hélas ! mon cher don Claude , en quel temps vivonsnous! Mais pourquoi s’étonner? C’est le monde , toujours le monde!
DOS CLAUDE. - , T
Oh! quant à cela, vous dites la vérité; on y est condamné parfois à des spectacles qui vous révoltent! (A part.) Si le sermon se prolonge, je donne
ma déjmission î: - • - , '. •
" DOSA CLARA
Vous sentez. maintenant pourquoi, don Claude, j’ai refusé de me souvenir des nombreux biens dont j’hérite à Séville; pourquoi.j’ai méprisé les protestations de l’amour, ces douces flatteries si puissantes sur le coeur des faibles femmes; pourquoi enfin j’ai choisi le cloître comme objet de tous mes vœux.
DON CLAUDE
Ainsi donc , c’était vrai !.. .
■ - DOSA CLARA. -
Avant de vous avoir vu. - .
' DON CLAUDE
Et l’épreuve accomplie...?
DOSA CLARA
Je fais grand cas de vous, don Claude.