A CT K II, SCÈNE I
MUflOZ.
El que prouve toute cette jérémiade?
DON ROQUE
Que j’ai absolument besoin de ton secours. Munoz, au nom du ciel, accorde-le-inoi ! Une idée... car, pendant ma route, j’ai réfléchi; une idée a surgi dans mon imagination , et elle fera on ne peut mieux notre affaire. .
munoz.
Voyons voire idée ?
Oh! une niaiserie, mais qui n’en produira pas moins un fier effet.
MU$OZ
Eh bien , voyons votre niaiserie.
DON ROQUE
Comment !
MUftOZ.
C’était pour vous dire de vous dépêcher.
DON ROQUE
Il ne s’agit que de faire semblant tous deux de nous éloigner sur-le-champ de la maison. Toi, tu replies bien vite ton manteau, et tu vas dans ta chambre pour t’y soustraire aux regards. Moi, je sors réellement. Alors, après avoir écouté si tout est silencieux dans celte salle, tu montes à pas de loup, et trouvant la pièce déserte, tu t’y caches avec beaucoup d’adresse pour n’étre pas pris sur le fait. Soudain nos femelles , convaincues que Munoz aussi s’en est allé, viendront ici, délivrées de toute crainte,
50 LE VIEILLARD ET LA JEUNE FILLE
se donner libre carrière. Isabelle découvrira ses secrets à Béatrice, et toutes les deux... Bref, de cette façon , nous saurons tout ce qui est bon à savoir... Hé quoi! tu ris?
Ma foi, monsieur, je n'ai guère envie de rire. Seulement, il y a des instants où il est impossible à un homme de garder son sérieux.
DON ROQl'E .
Mais à quel propos, satané ricaneur?
muSoz.
Oh! pour de l’à-propos, mon rire en a; je vous le garantis , monsieur.
DON ROQUE
Mais ton motif enfirt!...
muSoz.
Vous voulez le savoir? C’est qu'il me parait délicieux votre projet de cachette. Une seule chose y manque pourtant; à la vérité, c’est une bagatelle.
DON ROQUE
Quoi donc ?
muSoz.
Le trou , le coin, le réduit où sera cachée la sentinelle.
DON ROQUE
Ah! c’est juste. Je n’y avais pas songé. Mais sous le canapé ; cela ira tout seul.
MUftOZ.
Je m’en aperçois !
(Fausse sortie.)