ACTE 11, SCÈNE V. , 5i
ItOJU IRÈNE.
' Me permettez-vous do parler à posent , monsieur?
" ÏK)N DIÈGUE .
C'est votre fille, madame, voire fille qui doit parler, et eda sans souffleur, sans interprète.
OONA IRÈNIi.
Oui , quand je lui en aurai donné l'ordre.
DO* DIÈGUE
” Vous ferez bien alors de vous hâter, car c’est à elle seule qu’il appartient de répondre, Bref, madame, c’est avec elle que je dois me marier, et nullement avec vous. - , '
UC» A IRÈNE
Je crains fort, don Diègue, que ce ne soit pas plus avec Tunè qu'avec l’autre. Quelle idée avez-vous donc de ma fille et dp moi?... Ah! son parrain avait deviné trop juste , et il me l’a encore écrit en toutes lettres il n’y a que peu de jours , lorsque je lui fis part de cette union. Car, voyez-vous, quoiqu’il n’ait pas embrassé la chère enfant depuis qu’il la tint sur les fonts de baptême, il l'adore comme un père, et à tous ceux qui passent par le bourg d’Osma, il ne cesse de demander comment se porte la Paquita , et constamment il nous envoie des mots affectueux par l’ordinaire.
DON DIÈGUE
Enfin, madame, que vous a donc écrit ce fameux parrain ?Ou bien plutôt qu'est-ce que ce brave homme vient faire au milieu do notre conversation?
YH> LE 01 1 DES JEUNES FILLES
DUNA IfltNK.
Ne vous y trompez pas, monsieur, il a beaucoup à y faire. Et d'abord, quoique ce soit moi qui l’affirme , vous pouvez regarder comme certain que même un père d’Atoeha n aurait pas rédigé une lettre plus admirable que celle qu’il m’a adressée au sujet du mariage de ma fille. Et, avec cela, remarquez bien que ce n’est ni un professeur, ni un bachelier, ni même un savant quelconque, mais tout uniment un quidam, ce qui s’appelle un homme de cape et d’épée, vivant d’un pauvre petit emploi exposé à tous les hasards, et qui lui fournit à peine de quoi vivre. Mais eu revanche il est très-habile, il sait un peu de tout; il a un grand talent de parole, et il écrit comme un ange. Presque toute son épltre était eu latin. Oui, ne vous en déplaise , monsieur ; et je vous prie de croire qu’eHe renfermait d’excellents conseils. Ah ! il faut absolument qu’il ail pressenti tout ce qui nous arrive en ce jour.
DON «lfcCUK.
Mais, madame, que vous arrive-t-il donc? et quel sujet avez-vous de vous irriter?
DOSA IRÈNE
dominent voulez-vous, monsieur, que je 11e m’irrite pas lorsque je vous entends vous exprimer sur ma fille dans des termes... Ma fille, d’autres rêves, d'autres amours ! Mais s’il y avait là l’ombre d’une vérité, Dieu hic pardonne i je la tuerais sur l’heure, sachez-le bien. Allons, petite, réponds-hiiune
■' ACTE II, SUÏNE V. 5ât
bonne fois , puisqu’il veut que ce soit toi qui parles, et que inoi, je reste ici comme une statue. Voyons! cite-lui les noms de tous ces amants que tu as laissés à Madrid , au bel âge de douze ans , et raeonte-nous toutes ces conquêtes que tu as faites au cloître, sous l’égide de cette sainte femme! Mais parle donc, pour que monsieur se tranquillise...'
ww niÈcer.
Ah ! madame , il me semble que je suis plus tranquille que vous.
PONA IRÈNE , à dons Francises.
Cela viendra-t-il à la lin ?
, DON A FRANCISCA
Hélas ! je ne sais que dire, si vous vous emportez ainsi tous les deux.
DON DIÊCCK. '
Non , chère petite, nous ne faisons que mettre de la chaleur dans nos discours; mais nous emporter ! jamais, grand Dieu! Et d’abord, dona Irène sait trop bien quels sincères égards j’ai pour elle.
DOUA IRÈNE
Oh! monsieur, je lésais parfaitement; et je vous suis reconnaissante, du fond de l’àme, de toutes les faveurs dont vous nous accablez. C’est pour cela même. . .
DON D1ÈGIE.
Je vous en supplie, ne parlons point de reconnaissance. Tout ce que je puis pour vous est encore bien
m LE OUI DES JEUNES FILLES.
peu. La seule chose que je désire, c’est que doua Paquita soit heureuse ! ...
DON* IRÈNE
Et comment ne le serait-elle point ? Mais réponds donc! -