ACTE II, SCENE V
de bon chocolat et de petits pains que ces messieurs ont consenti à me laisser partir,., (llsasskdàcôtédeüona Irène.) Voyons : avec tout cela, comment vous trou* vez-vous ?
DONA IR EXE
Oh ! fort bien. .
DON DIÈOUB.
Et dona Paquita ?
DOXA IRÈNE
Dona Paquita en est toujours â penser et à repenser à ses religieuses. Mais je m’efforce de lui faire comprendre qu’il est temps de changer de dada, et de se préoccuper uniquement du soin d’obéir et de plaire à sa mère.
DON DIÈGEE.
Diable! elle se reporte avec tant d’ardeur vers cette vie... ?
DONA IRÈNE
Pourquoi vous en étonner, monsieur?... On est jeune fille , et ces demoiselles ne savent jamais ce qu’elles aiment ni ce qu’elles détestent. Dans un âge aussi inexpérimenté... /V . , .
' DON DIÈCl'E.
Pardon , madame y vous allez trop vite , et vous faites erreur. A l’âge de mademoiselle , les passions sont précisément un tant soit peu plus énergiques et plus marquées que dans le nôtre; et, par cela même que la raison s’y trouve encore incomplète et faible, les élans du coeur s’v dessinent avec beau-
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coup plug de fougue. (U prend la main de dora PaquiU, et U hit asseoir près de lui») Et maintenant, Paquita, la main sur la conscience, dites-moi, retourneriez-vous au couvent avec plaisir? Voyons, la vérité !
DONA IRÈNE
Mais, puisque ma fille ne peut. ...
DON UlÈGliE.
laissez donc, madame; votre fille répoudra.
DONA FU AN CISC A
Vous savez, maman, oe que je vous ai juré loul . à l’heure. Oui, que Dieu me préserve de jamais vous
donner le moindre chagrin !
DON DIÈC CF..
Mais, mon enfant, vous dites cela d’un air si triste, si désolé...
DON A IRÈNE
Oh ! c’est bien naturel , monsieur. Ne voyez-vous donc pas. . . ?
DON DIÈCCE.
Silence, pour Dieu ! dona Irène, et ne venez point me conter que cela est naturel. Ce qui est naturel, c’est que cette enfant tremble de crainte, et qu'elle n’ose hasarder une parole en apposition avec les discours que vous lui imposez. Mais si le fait était vrai, sur mon honneur, nous serions bien logés, madame ! • - . ■: * . . ». ;
• DONA FRANGISCA. •
Non, monsieur; ce que dit maman, je le dis aussi, de point en point; et en tout ce qu’elle voudra me commander, je suis décidée à lui obéir.
Ml» DlftGCR.
Vous commander , chère petite! Oh! dans des matières aussi délicates, les parents qui ont le moindre sens commun se gardent bien de commander. Ils indiquent, ils proposent, ils conseillent, et rien de mieux ; tout cela est rationnel : mais commander! Et qui donc plus tard détournera les suites funestes d’ordres pareils ? Combien n’avonsnous pas vu de ces mariages de malheur et de ces unions monstrueuses sortir des décrets d’un père, là ou ce père stupide n'aurait jamais rien dft décréter ! Non , juste ciel ! ce n’est pas ainsi que doit marcher le monde. Êcoutez-moi bien, dona Paqnita ; jé ne suis pas de eefc hommes qui se dissimulent leurs imperfections. Je sais tr merveille que ni ma ligure ni mon âge ne sont faits pour allumer des flammes désordonnées; mais je n’ai pas cru impossible non plusqu’tme . jeune personne douée d’un grand sens, et élevée dans de bons principes, arrivât à me chérir de cet amour tranquille et constant, image si rapprochée de l’amitié, et qui seul, du reste, peut rendre les époux heureux. Pour atteindre inon but, je n’ai point été chercher une de ces demoiselles de famille qui viventdans une liberté décente. Je dis exprès décente, car je ne veux pas incriminer ce qui ne porte Aucun obstacle à l’exercice de la vertu. Mais laquelle de ces demoiselles n’eftt été déjà prévenue en faveur d’un cavalier plus jeune et plus beau? laquelle? et dans Madrid ! Songez donc , dans ce Madrid !... Sous l’empire de ees trop justes idées, j’ai pensé
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qu’en vous , Paquita, je trouverais peut-êlre enlin l’objet de tous mes vœux.
DONA IRÈNE. '
Et pouvez-vous douter un seul instant , don Diègue, que ma fille. .?
DON DIÈGl'E.
Madame » je vais finir; veuillez avoir la bonté de me laissée finir. Certes, je me rends très-bien •compte, chère Paquita , de la douce influence qu’ont dft exercer sur une àme comme la vôtre les saintes coutumes que vous avez vu pratiquer dans cet innocent asile .de la piété et de la vertu; mais si néanmoins votre imagination secrètement enflammée, ou, mieux encore, si des circonstances imprévues vous avaient inspiré déjà un choix pins digne, ah ! soyez convaincue que jamais je ne prendrai pour ai me la violence. Je suis franc T mademoiselle, et toujours ma bouche traduira fidèlement le langage de mon cœur. Eh bien, à votre tour je vous demande la même sincérité. La tendresse que je vous porte ne doit point causer votre infortune. Jamais non plus votre mère ne voudrait se prêter à une telle tyrannie, car elle doit être persuadée autant que personne qu’on ne procure pas la félicité pai la force. En un mot, si vous ne reconnaissez point en moi des qualités capables de mériter vos sympathies, et si votre cœur enfin était déjà préoccupé de quelque petit rêve, croyez-moi, la {dus légère dissimulation de votre part exciterait en nous tous la plus profonde douleur. ,