ADELGHIS
qu'il avait en réserve, il en prit tout ce que peut emporter un pèlerin. Il en remplit un sac grossier dont il chargea mes épaules. Je priai le ciel de l'en récompenser, et me remis en marche. J'arrivai au fond de la vallée, je gravis une colline et, me confiant en Dieu, je la laissai derrière moi; là nulle trace d'homme; des forêts de pins vierges, des fleuves inconnus, des vallées sans chemins : tout se taisait; je n'entendais que le bruit de mes pas, et de loin en loin le bouillonnement des torrents, le cri imprévu du faucon, ou le frémissement des'ailes de l'aigle qui, le matin, sortait brusquement de son aire, et passait au-dessus de ma tête, ou encore vers midi, les pins sauvages dont les cônes craquaient sous les rayons du soleil. J'allai ainsi pendant trois jours; et pendant trois nuits je dormis sous les arbres ou dans la profondeur des ravins. Le soleil était mon guide ; je me levais avec lui; je voyageais avec lui, les yeux tournés vers son couchant. Je cheminais de la sorte, incertain de ma route, passant toujours de vallée en vallée; ou si parfois je voyais surgir devant moi quelque montagne d'une pente accessible et que j'en atteignisse la cîme, devant moi, autour de moi, c'étaient d'autres cimes plus hautes qui se dressaient encore, les unes blanches de neige du sommet à la base, et pareilles à des pavillons aigus et droits, attachés à la terre; les autres brunâtres, élevées à pic, comme des murailles infranchissables. — Le troisième jour était sur son déclin, quand j'aperçus une grande montagne qui élevait son front au-dessus des autres; la pente en était toute verdoyante, la crête couronnée d'arbres. Je dirigeai aussitôt mes pas de ce côté. — C'est le revers oriental de cette même montagne, à laquelle, ô roi, ton camp