‹ Théâtre et poésiesChapitre 141 sur 221 · LE FRANC · texte numérisé non relu

LE FRANC

La plupart jettent leurs armes et se rendent; d'autres s'enfuient par bandes. Celui-ci se retirait lentement et seul; à ses armes et aux bardes de son cheval, il nous a paru de haute condition. Nous nous détachons quatre de notre troupe, et nous lançons à toute bride sur ses traces, à travers champs. Lui, se voyant poursuivi, ne daigne pas hâter sa course, et quand nous sommes sur lui, il se retourne. — « Rends-toi, » lui crions-nous. Loin de se rendre, il

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renverse d'un coup celui qui le serre de plus près, retire sa lance, renverse encore le second, mais comme il frappait, frappé lui-même par les nôtres, il tombe. Quand il a été à terre, il a tendu vers nous des mains suppliantes, et nous a conjurés de déposer tout ressentiment, et de le porter sur nos lances loin du tumulte, en un lieu où il pût mourir en paix. Roi invincible, il n'y avait rien de mieux à faire, et nous nous sommes rendus à sa prière.

CHARLES

Et vous avez bien fait. Gardez votre colère pour ceux qui résistent. ( A Sivart.) Le reconnais-tu?

SIVART.

C'est Anfrid, l'écuyer d' Adelghis.

Et seul, ô Anfrid, tu as osé leur tenir tète?

ANFRID.

Est-il besoin de compagnons pour mourir?

CHARLES

Roland ! voici un brave. (A Anfrid.) Guerrier, pourquoi rejeter ainsi une vie si belle? ne savais- tu pas qu'elle nous appartenait, et qu'en te rendant tu devenais le soldat et non le prisonnier de Charles?

ANFRID.

Moi, vivre ton soldat, quand je pouvais mourir celui d'Adelghis? Adelghis, ô roi, est chéri du ciel. Le ciel saura, j'espère, le sauver de ce jour d'opprobre, et voudra le garder pour un jour meilleur. Mais si jamais... Souviens-toi que, sur le trône ou tombé du trône, outrager Adelghis, c'est outrager le Dieu du ciel dans sa plus pure image. Tu as pu le vaincre en bonheur et en puissance; mais en grandeur d'âme, aucun ne le vaincra : un homme qui meurt te le dit.

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