‹ Théâtre et poésiesChapitre 143 sur 221 · SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII

Un bois solitaire.

DIDIER, VÉRÉMOND, autres Lombards qui fuient en désordre.

VÉRÉMOND.

Nous sommes en sûreté, ô mon roi, descends et repose un moment sur cette herbe tes vieux et vénérables membres. O mon seigneur, reprends tes esprits abattus. Nous voilà loin du champ de bataille, et hors de toute route battue. L/infâme rumeur n'arrive plus h notre oreille; tu n'es entouré ici que de loyaux serviteurs.

DIDIER

Et Adelghis?

VÉRÉMOND.

Il sera tout à l'heure ici, je l'espère. J'ai envoyé sur ses traces plus d'un homme sûr, qui saura l'arracher au danger et à la trahison, le conserver pour des corn-

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bats plus heureux, et l'amener h ce rendez-vous de la fidélité.

DIDIER

Cher Vérémond, le vieux roi est las, — las de fuir.

VÉRÉMOND.

Oh ! les traîtres !

DIDIER

Les lâches î ils ont traîné dans la fange les cheveux blancs de leur roi; il l'ont contraint à fuir, comme un lâche ! — Fuir ! et je ne me lèverai d'ici que pour fuir de nouveau? à quoi bon? pourquoi fuir? pour trouver, après tout, une tombe sans honneur? et comment? fuir pour échapper aux Francs? non; que celui qui m'a ravi mon royaume me prenne aussi la vie. Eh bien! quand je serai sous la terre, que pourra me faire ce Charles?

VÉRÉMOND.

0 notre roi, toujours notre roi, reprends courage; tu as beaucoup de serviteurs dévoués. La surprise les a dispersés; l'honneur va les rallier autour de toi. Il te reste tant de places fortes, et Adelghis vit encore, je l'espère.

DIDIER

Maudit soit le jour où Alboin gravit le sommet de la montagne, abaissa son regard sur l'Italie, et s'écria : Cette terre est à moi! une terre infidèle, qui devait s'entr'ouvrir sous les pieds de ses successeurs et les dévorer ! maudit soit le jour où il y conduisit un peuple qui devait la garder ainsi! où il y fondait un royaume, pour être détruit dans une heure d'opprobre et d'abomination !

VÉRÉMOND.

Le roi !

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