‹ Théâtre et poésiesChapitre 149 sur 221 · SCENE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIÈRE

Un jardin dans le monastère de Saint-Sauveur, à Brescia.

HERMENGARDE soutenue par deux femmes HANSBERGHE.

HERMENGARDE.

Ici, sous ce tilleul, ici {Elle se place sur un siège). Comme il est doux ce rayon d'avril! comme il glisse sur les feuilles naissantes! ah! je comprends à cette heure pourquoi il recherche tant le soleil, celui qui, chargé d'années, sent la vie lui échapper! {A ses femmes.) Grâces vous soient rendues, à vous qui, soutenant mes membres défaillants, m'avez aidée à satisfaire le désir qui m'a pris aujourd'hui de m'entourer, de me rassasier encore de ce grand air du Mella que je respirai en naissant; de m'asseoir sous le ciel de ma patrie, de le voir une fois encore tout entier, jusqu'où mon regard peut atteindre. Chère sœur, pieuse Hansberghe, la mère consacrée à Dieu de ces jeunes vierges [Elle lui tend la main; les femmes se retirent; Hansberghe s'assied). Je sens s'approcher le terme de tes soins et de mes souffrances. Oh ! le Seigneur les dispense avec mesure. Je sens une paix mêlée

248 ADELGHIS.

d'accablement, avant-coureur de la tombe. Cette jeunesse domptée ne lutte plus contre l'heure de Dieu, et plus doucement que je ne l'aurais espéré, mon âme, vieillie dans la douleur, se dégage de ses liens. Maintenant je te demande une grâce dernière; écoute les paroles suprêmes, accueille les vœux de la mourante, conserve-les dans ton cœur, et reporte-les un jour fidèlement à ceux que je laisse sur la terre. — Ne te trouble pas, ma sœur bien-aiméc î oh ! ne me regarde pas avec cet air désolé I C'est Dieu, ne le vois-tu pas? qui a pitié de moi. Voudrais-tu qu'il me laissât sur la terre pour le jour où ils attaqueront Brescia? où s'approchera l'ennemi que tu sais?... qu'il me réservât ici à ce dernier, à cet indicible outrage?

HANSBERGHE.

Chère infortunée, ne crains rien; la guerre est encore loin de nous : l'impie n'a pas trop de toutes ses forces contre Pavie, contre Vérone, l'asile des rois et de leurs Fidèles : et Dieu m'en donne l'espoir, elles nesuffiront pas. L'intrépide Baude, notre noble cousin, le saint évêque Answald ont rassemblé autour de ces murailles les guerriers du Benac et de ses vallées, et ils se tiennent prêts à nous défendre jusqu'à la mort. Vérone et Pavie tombées, que Dieu en détourne l'augure 1 une nouvelle lutte, une lutte acharnée

HERMENGARDE.

Je ne la verrai pas : libre alors de toute crainte, de tout amour terrestre, j'aurai renoncé à tout espoir décevant. Je prierai pour mon père, pour ce cher Adelghis, pour toi, pour ceux qui souffrent, pour ceux qui font souffrir, pour tous. — Écoute maintenant ma volonté dernière. Hansberghe, tu diras à mon père et à mon frère, quand tu les verras — (oh! que cette joie

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