‹ Théâtre et poésiesChapitre 150 sur 221 · ACTE IV, SCÈNE I. %i<à · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE I. %i<à

du moins ne vous soit pas refusée!) — tu leur diras que sur le bord le plus avancé de la vie, à cette heure où tout s'oublie, j'ai conservé pieusement la mémoire de leur doux accueil, et le souvenir de ce jour où, quand j'arrivais craintive et toute tremblante, ils m'ont, sans hésiter, ouvert leurs bras miséricordieux, et n'ont pas rougi de la pauvre répudiée. Tu leur diras que ma prière ardente n'a cessé de monter vers le trône de Dieu, et d'implorer la victoire pour leurs armes; et que si Dieu ne l'exauce pas, c'est sans doute par le conseil impénétrable de sa profonde miséricorde; tu leur diras qu'en mourant je les ai bénis. — Enfin, ma sœur,... oh! ne me refuse pas cela (...cherche quelque Fidèle qui puisse, n'importe le lieu, n'importe le jour, aller trouver ce fier ennemi de ma race

HANSBERGHE.

Charles!

HERMENGARDË.

C'est toi qui l'as nommé; il lui dira : — « Hermengarde s'en va sans aucun ressentiment. Elle ne laisse sur la terre aucun sujet de haine, et bien qu'elle ait tant souffert, elle prie le Seigneur de n'en demander compte à personne, car elle a tout reçu de ses mains. » Qu'il lui dise cela, et... si cette parole n'est pas trop dure à son oreille superbe, il ajoutera que je lui pardonne. — Tu le feras?

HANSBERGHE.

Puisse le ciel recevoir un jour mes dernières paroles, comme les tiennes me sont sacrées!

HERMENGARDË.

Chère sœur! je t'adresse encore une prière. Tu fus prodigue de tes soins envers ce corps périssable, aussi

250 ADELGHIS.

longtemps qu'un souffle l'anima; ne refuse pas de lui rendre le dernier de tous el de l'ensevelir en paix. Tu vois cet anneau à ma main gauche, qu'il descende avec moi dans la tombe; il me fut donné au pied de l'autel devant Dieu. Que cette tombe soit modeste. — Nous ne sommes tous que poussière; et moi, de quoi pourrais-je me glorifier? — Qu'elle porte néanmoins les insignes de la royauté : un nœud sacré me fit reine. Ce que Dieu a donné, personne, tu le sais, ne peut le ravir, et comme la vie, la mort doit l'attester.

HANSBERGHE.

Ohf loin de toi ces souvenirs douloureux! achève le sacrifice ! — Écoute : passagère dans cet asile où Dieu t'a conduite, deviens-en citoyenne; qu'il soit le lieu de ton repos. Prends, avec nos vêtements sacrés, le sentiment qui nous les fit prendre, et l'oubli de toute chose humaine.

HERMENGARDE.

Que me proposes-tu, Hansberghe? de mentir au Seigneur? songe que je suis encore épouse devant lui, épouse sans tache, mais d'un mortel. — Ah! que vous êtes heureuses! heureuses toutes celles qui ont pu offrir au roi des rois un cœur exempt de souvenirs, et poser le saint voile sur leurs yeux, avant de les attacher sur le front d'un homme! Mais je ne m'appartiens plus.

HANSBERGHE.

Ah! plût à Dieu que tu n'eusses jamais appartenu à un autre!

HERMENGARDE.

Ah! plût h Dieu! mais la route où le ciel nous jette, il faut, quelle qu'elle soit, la parcourir tout entière, jusqu'au bout. — Et si, à la nouvelle de ma mort, une

Page 1