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LE CHŒUR

Les tresses de sa molle chevelure éparses sur sa poitrine oppressée, ses mains défaillantes, et son blanc visage humide des sueurs de la mort, la pieuse Hermen garde est là sur sa couche, cherchant le ciel de son regard tremblant.

Les gémissements cessent, de tous les cœurs une prière s'élève : suspendue sur son front glacé, une main légère étend le dernier voile sur l'azur de ses yeux.

Écarte, ô belle âme, écarte, âme inquiète, les terrestres ardeurs; élève vers l'Éternel une pensée détachée de ce monde, offre-lui tes tourments et meurs; hors de cette vie est le terme de ton long martyre.

Telle était ici-bas l'immuable destinée de l'infortunée; toujours demander un oubli qui devait lui être refusé, vi monter vers le Dieu des saints, sainte par la souffrance.

Hélas ! durant les nuits sans sommeil, par les cloîtres solitaires, au milieu du chant des vierges, au pied des autels embrassés, toujours à sa pensée revenait l'image des jours à jamais écoulés;

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De ces jours où, encore chère et ne prévoyant pas un avenir trompeur, elle respirait avec ivresse l'air vivace du rivage des Francs, et parmi les brus saliennes, enviée, elle apparut;

Où, de quelque cime aérienne, ses blonds cheveux semés de pierres précieuses, elle voyait dans la plaine courir la chasse animée, et courbé sur ses rênes flottantes passer le roi chevelu ;

Et sur ses pas, l'élan fougueux des chevaux fumants, le brusque départ et le retour rapide des lévriers haletants, et provoqué dans ses halliers, le sanglier qui sort hérissé;

Frappé par l'épieu royal, il arrose de son sang la poussière foulée; alors la tendre Hermengarde détournait tout à coup son visage vers ses femmes, pâle d'une aimable frayeur.

0 détours errants de la Meuse! Oh! tièdes sources d'Aix, où, déposant sa rude armure, le guerrier souverain venait essuyer la noble sueur des champs de bataille!

Comme la rosée, sur l'herbe flétrie par le soleil, fait refluer une vie nouvelle dans les tiges languissantes qui, vertes encore, se relèvent à la douce fraîcheur du matin,

Ainsi, dans cette âme qui succombe sous le terrible pouvoir de l'amour, descend le baume rafraîchissant d'une parole amie, qui détourne son cœur vers les paisibles joies d'un autre amour.

Mais de même aussi qu'à son retour, quand il remonte dans le ciel enflammé, et de son ardeur croissante embrase l'air immobile , le soleil brûle de nouveau sur la terre les frêles tiges à peine renaissantes,

De même, échappé au léger oubli qui le tenait endormi, l'amour revient, immortel, assaillir cette âme effrayée, et ramène au sentiment de la douleur accoutumée ces pensers qui s'en écartaient.

Écarte, ô belle âme, écarte, âme inquiète, les terrestres ardeurs; élève vers l'Éternel une pensée détachée de ce monde; offre -lui tes tourments et meurs. Dans la terre qui doit recouvrir ta tendre dépouille,

Dorment, hélas! d'autres infortunées que la douleur a consumées : des épouses, veuves par le glaive, et des vierges vainement fiancées; des mères qui ont vu pâlir leurs fils, transpercés par le fer.

Descendue de la race odieuse des oppresseurs à qui le nombre tient lieu de courage, l'offense de raison, le sang de droit, et dont la gloire fut de ne connaître pas la pitié,

L'infortune prévoyante marqua ta place parmi les opprimés; meurs tranquille et pleurée; descends reposer avec eux; nul n'insultera à tes cendres innocentes.

Meurs et que la mort ramène la paix sur ton front inanimé; comme aux jours où, ne prévoyant pas un

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avenir trompeur, tu n'y laissais briller que les légères pensées d'une vierge,

Ainsi des nuages déchirés se dégage le soleil couchant, ainsi, derrière la montagne, il revêt de sa pourpre l'occident inquiet; le pieux laboureur y lit l'espérance d'un jour plus serein.

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