‹ Théâtre et poésiesChapitre 165 sur 221 · ACTE V, SCÈNE II. 2G · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE II. 2G

— c'en est trop à la fois! Jusqu'à ce jour, du moins, si Ton n'espérait plus, on pouvait agir encore; chaque jour avait son lendemain; la dernière extrémité laissait un parti à prendre. Et maintenant... maintenant si dans le sein des lâches je n'ai pu faire entrer un cœur, les lâches pourront-ils empêcher que le brave périsse en brave? Tous enfin ne sont pas des lâches; quelqu'un m'entendra, je trouverai plus d'un compagnon, si je crie : « Sortons au-devant de l'ennemi; il n'est pas vrai, prouvons-le, que les Lombards préfèrent la vie à tout; et... si nous ne pouvons autre chose, mourons! » Mais à quoi penses-tu ? pourquoi entraîner ces braves dans ta chute? s'il ne te reste rien à faire ici-bas, ne peux-tu mourir seul? ne le peux-tu? Je sens que mon âme enfin se repose dans cette pensée; elle me sourit comme l'ami dont le visage porte une heureuse nouvelle. Échapper à cette foule ignoble qui m'assiège, ne pas voir le rire moqueur de l'ennemi, et ce fardeau de colère, de doute et de pitié, le jeter loin de moi!... Toi, mon épée, qui tant de fois as décidé du destin des autres, et toi mon bras si sûr et si accoutumé à la manier... et en un moment tout est fini! — Tout? Ah! malheureux! pourquoi te mentir à toi-même? Le bourdonnement de ces vermisseaux t'étourdit; la seule idée de comparaître devant un vainqueur a triomphé de toute ta vertu. L'anxiété de cette heure brise ta force et te fait crier : « C'en est trop ! » Et tu pourrais affronter Dieu, et lui dire : « Jcviens sans attendre que tu m'appelles; le poste que tu m'as assigné était trop difficile, et je l'ai déserté!» — Impie! fuir! et cependant laisser ce souvenir à ton père, pour qu'il le suive jusqu'au tombeau; lui léguer ce dernier soupir d'un cœur désespéré! Loin de moi, pensée

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sacrilège! — Reprends ton âme, ô Adelghisf sois homme. Que cherches-tu? que veux-tu? qu'à l'instant même tes peines finissent? Mais ne vois-tu pas que ta volonté n'y peut rien? L'empereur grec t'offre un asile : oui, c'est Dieu lui-même qui te l'offre par sa bouche; accepte-le avec reconnaissance, c'est là le seul parti sage, le seul digne de toi. Conserve à ton père sa dernière espérance; que du moins, au lieu de te voir mourir désespéré et couvert de ton sang, il puisse rêver que tu reviens, que tu triomphes, que tu brises ses fers; — et peut-être ne sera-ce pas un songe. On a vu des infortunés sortir d'un plus profond abîme ; tout change, et la fortune ne fait de pacte avec personne. Theudis !

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