ET PORTÉ PAR DES SOLDATS
DIDIER
Ah ! mon fils !
ADELGHIS.
0 mon père, je te revois! Approche, touche la main de ton fils.
DIDIER
Il m'est affreux de te voir ainsi.
ADELGHIS.
Tant d'autres tombèrent ainsi sur le champ de bataille et par ma main.
DIDIER
Cette plaie> ô mon bien-aimé, elle est donc sans remède?
ADELGHIS.
Sans remède.
Ah f malheureux que je suis ! Ah ! guerre atroce! c'est moi, cruel, qui l'ai voulue; c'est moi qui te tue.
ADELGHIS.
Ce n'est ni toi, ni lui, c'est votre maître à tous deux.
DIDIER
Oh ! le désir de mes yeux î oh ! que j'ai souffert loin de toi! Et une seule pensée me soutenait dans ma détresse : l'espoir de te la raconter un jour, dans une heure de paix et de sécurité.
ADELGHIS.
Cette heure de paix, elle est venue pour moi, croisle, ômoii père; ah! pourvu seulement que je ne te laisse point ici-bas vaincu par la douleur.
DIDIER
Oh ! front intrépide et serein ! ô main vaillante ! regard qui respirait la terreur !
ADELGHIS.
Cesse tes plaintes, ô mon père, cesse-les, au nom de Dieu! N'était-il pas temps de mourir? Mais toi qui dois vivre captif, après avoir vécu dans un palais, écoute : La vie est un grand secret, et, seule, la dernière heure le comprend. Tu as perdu un royaume, mais crois-moi, ne le pleure pas. Lorsque tu approcheras toi-même de l'heure où me voici arrivé, tu verras se rassembler, joyeuses, devant ta pensée, les années où tu n'auras pas été roi, où pas une larme n'aura été notée au ciel contre toi, où ton nom n'y sera pas monté avec les imprécations du malheur. Réjouistoi de ne plus régner; réjouis-toi de ce que toute voie d'agir t'est fermée; ici-bas il n'y a plus place pour les actions généreuses ou même innocentes; il ne reste plus qu'à faire le mal ou à le subir. Une force cruelle