‹ Théâtre et poésiesChapitre 175 sur 221 · ACTE V, SCENE VIII · texte numérisé non relu

ACTE V, SCENE VIII

possède le monde et usurpe le nom de droit; la main sanglante des aïeux a semé l'iniquité; les pères l'ont cultivée avec le sang, et la terre ne porte plus d'autre moisson. Il est triste d'avoir à gouverner des hommes pervers; tu l'as éprouvé, et, en eût-il été autrement, ne fallait-il pas en venir là? Cet heureux vainqueur, que ma mort affermit sur le trône, à qui tout sourit, que tout applaudit et seconde, c'est un homme qui mourra.

DIDIER

Mais quand c'est toi que je perds, ô mon fils, qui me consolera de ma perte ?

ADELGHIS.

Le Dieu qui console de tout. (Use tourne vers Charles.) Et toi, mon superbe ennemi....

CHARLES

Ne m'appelle plus de ce nom, ô Adelghis ; je le fus, mais envers les tombeaux la haine est sacrilège et basse; et cette haine, crois-le, n'entre pas dans le cœur de Charles.

ADELGHIS.

Ma parole aussi sera exempte de haine, suppliante, libre de tout souvenir amer à tous deux, et à cet infortuné pour qui je t'implore, pour qui je place ma main mourante dans la tienne. Que tu remettes en liberté une si grande proie... je ne te le demande pas; ma prière, je le vois, serait vaine, et vaine aussi celle de tout autre mortel. Ta volonté est immuable, et ta clémence n'arrive pas jusque là. Mais ce que je te demande, tune saurais me le refuser sans te montrer cruel. Que la captivité de ce vieillard soit douce, autant qu'elle peut l'être, à l'abri de l'insulte, et telle que tu l'implorerais pour ton père, si le ciel te condamnait à la douleur de le laisser aux mains d'un

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étranger. Défends de toute injure sa tête vénérable; il y a toujours tant de forts contre un malheureux; daigne enfin lui épargner la vue cruelle de ceux qui furent ses vassaux et qui l'ont trahi.

CHARLES

Emporte dans la tombe cette consolante certitude; Adelghis, j'en prends ici le ciel à témoin ; ta prière est la parole de Charles.

ADELGHIS.

Celui qui fut ton ennemi prie pour toi en mourant.

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