Hist. des J'Y., t. II, p, 28 h
que jamais, que je sache, le mot justices ne se trouve avec ce sens dans les annales ou dans les lois des Francs; il y est employé, au contraire, dans un tout autre sens, qui nous donne la clé de ce que l'on entendait par les justices de saint Pierre. Dans les capitulaires de Charlemagne, il y a un châtiment établi pour le comte qui n'aura pas fait les justices l. Il est enjoint de protéger les justices des •églises, des veuves, des orphelins, des pupilles2; il est prescrit que les faibles de toute nature obtiennent leurs justices 3. Ajoutons que dans les lettres des papes, comme dans Anastase et dans les chroniqueurs francs, se rencontrent indifféremment ies phrases : rendre ou faire les justices, quelquefois même la justice de saint Pierre4. Le second de ces deux verbes ne pourrait s'appliquer au mot justices, si celui-ci signifiait matériellement la chose en litige.
En outre, remarquons-le bien, les invasions que faisaient les Lombards, dans une partie du territoire romain, étaient tellement répétées, si différentes Tune de l'autre, si souvent traversées, pour ainsi dire, par des restitutions partielles et des retraites momentanées, que les papes, pour exprimer aux Francs l'objet de leurs réclamations, ont dû se servir d'un terme très-général. Je croirais donc que ce mot justices, dans son application la plus étendue, signifiait tout ce qui était dû à l'église; et que Ton disait indifféremment rendre ou faire les justices, comme on dit aujourd'hui : rendre le devoir, faire son devoir.
Notons, en preuve, que Paul Ier , dans Tune de ses lettres, semble avoir voulu définir ce mot : « Les justices de « saint Pierre, écrit-il, c'est-à-dire tous les patrimoines,
1. Si cornes in suo ministerio justitias non fecerit. — Capitul. ann. 779^ p. 21.
2. De justiliis ecclesiarum Dei, viduarum, orphanorum et pupillorum ut în publicis judiciis non despiciantur clamantes. — Capitul. ann. 805, p. 2.
3. Minus poteutes .. eorum justitias adquirant. — Capitul. ann. 806, p. 3.
4. Otnnes justitja se spondet nobis esse facturum. — Cod. Kar., 21 . — Pro justitiis sanclse Dei Ecclesiœ faciendis. — Anast. in Hadr. 180. — Ac8- Domnum regem invitandum pro justitia S. Pétri super Desiderium regem.—- Annal. TH., ann. 773, et alibi pas sim.
« les droits, les lieux, les confins, les territoires des diver- « ses cités de la république des Romains1. » Cette définition s'accorde parfaitement avec l'interprétation que nous avons proposée.
Quant à la source d'où ce mot s'est répandu dans le latin barbare, ce pourrait bien avoir été la vulgate, d'où sont dérivés tant d'autres mots des langues modernes. Dans la vulgate, justitiœ a un grand nombre de significations légèrement distinctes et analogues. Tantôt il veut dire préceptes, tantôt actes conformes à la loi, tantôt droits. « C'est à moi <( qu'appartiennent les justices et l'empire, » dit le Seigneur dans Isaïe 2. Tobie recommande à ses fils d'inculquer aux leurs de faire les justices et l'aumône3; nous nous bornons à ces exemples.
De la trahison de plusieurs Lombards.
L'assertion de l'anonyme de Salerne, citée dans les notices historiques, et d'où il résulterait que plusieurs Lombards s'entendirent avec Charles et trahirent Didier, est isolée dans l'histoire; mais les chroniques sont si vides, mais le petit nombre des écrivains du temps montre en faveur de Charles une partialité si grande; mais ces pratiques s'arrangent si bien avec le reste des faits, et en donnent une explication si naturelle, que l'on ne peut lire les mémoires 4 de cette guerre, sans être tenté d'en croire l'anonyme. Ratghis, le compétiteur de Didier au trône, avait eu un parti puissant, et Didier ne sut le désarmer qu'en persuadant à son rival, par l'entremise du pape, de renoncer à sa prétention et de cesser de donner un chef aux mécontents. La querelle s'apaisa de cette manière: Didier fut roi; mais le parti ne fut pas détruit. En outre, la prompte sou-