‹ Théâtre et poésiesChapitre 214 sur 221 · PETIT POEME · texte numérisé non relu

PETIT POEME

Sur les rives ornées de peupliers, dans la riche plaine où bondissent les cavales insubriennes, où ma cité natale élève ses glorieux remparts couronnés de forêts, je veux que cet hymne retentisse; et si toutefois notre muse daigne lui attacher des ailes ouvertes à un vol plus hardi, je prie les grâces, ô saintes collines, ô charmante épouse de l'Arno , de permettre qu'il trouve faveur auprès de vous. Car dès mes premiers pas dans le terrestre voyage, où le désir est le cruel compagnon de la vie, je brûlai de l'ardeur de voir un jour l'Italie m'accueillir dans le chœur sacré de ses poêles, l'Italie, asile antique des muses. Lorsqu'elles fuyaient, ces déesses, loin des lauriers de la Grèce, elles ne fixèrent point ailleurs le siège de leur éternel exil, et lorsque la Dame latine subit le grand outrage encore sans vengeance, épouvantées des hurlements barbares, elles se turent, il est vrai, mais jamais ne quittèrent leur amie infortunée, et un jour enfin, promise à de hautes destinées, la poésie italienne, vierge belle, attendue, admirable, sortit de cet impur hymen avec les Huns. C'est de tes mains d'abord qu'elle reçut son voile et son manteau, et le premier tu la menas aux sources immaculées; dans les stances immortelles, tu lui enseignas à égaler sa mère; tu appris le ressentiment à son cœur, le sourire à ses lèvres,

divin Alighieri1. Le monde languissait dans une longue nuit. Seul, tu brillas dans ces ténèbres, toi, noire inspiré, et tel que le soleil, lorsqu'il envoie son premier regard à la terre désolée. La vallée ignore encore sa venue, et n'aspire pas encore la douce et féconde rosée de. la lumière, que déjà la montagne dresse une cime dorée. A ces gracieuses habitantes de l'Italie je tresse aujourd'hui une couronne de louanges nouvelles ; car j'entends murmurer dans la foule une odieuse parole qui, insultant aux divines sœurs, ose leur demander que sert le don du chant au mortel infortuné. Voilà d'où me jaillit au cœur le désir de chanter les bienfaits que les muses prodiguèrent jadis à l'ingrat. Uranie les chanta à son Pindare bien-aimé. Je dirai d'abord pourquoi et comment la déesse fit ce grand honneur au poëte sublime; puis je redirai ses accents célestes, si, me regardant avec bonté, elle daigne m'inspirer.

On dit que, dans le combat du chant, Corinne, un jour, lui ravit la palme, Corinne qui n'était pas son égale. Malheureux ! il ne savait pas de quelle divinité puissante la colère le poursuivait. En visitant la fameuse Delphes, il avait gravi les coteaux d'Hélicon 2, salué la source du beau Permesse; mais il avait négligé le chemin sacré d'Orchomène, où les grâces ont

1 . Il y a ici, et surtout dans tout le morceau qui précède, comme un reflet de la poésie de Dante, et c'est encore un des motifs qui nous ont fait conserver ces deux essais de la jeunesse du poëte; peut-être aussi était-ce pour cette raison que Manzoniqui, depuis, n'a imité personne, avait cru devoir les supprimer de son livre. (N. du Tr]

2. Manzoni a oublié ici que c'est le Parnasse et non THélicon qui est dans le voisinage de Delphes. [N. du TV.)

un temple. Les immortelles virent de loin le superbe jeune homme se détourner avec dédain, et jurèrent de se venger. Déjà Pindare avait donné l'essor aux stances ailées de son hymne de victoire, quand, sous une forme aérienne, invisible au regard des mortels, les belles irritées vinrent prendre place, pour la seconder, à côté de Corinne. Sur sa joue virginale, Aglaé d'abord répandit l'éclat d'une lumière rose, et anima son front d'un suave rayon de joie. Mais ce parfum des fleurs de Castalie qui donne l'immortalité aux œuvres de l'esprit, c'est d'Euphrosine qu'elle le reçut; et toi, aimable Thalie, tu voulus enseigner à sa voix l'harmonie de la flûte amoureuse qui se lamente dans la nuit. Embellie de tous ces dons, Corinne s'avança dans la lice. La foule s'émerveillait au charme de son port et de son visage, à son touchant embarras, à sa noble rougeur, quand, tremblante encore, elle appuya sa lyre sur son sein, et que, son œil noir à demi voilé sous sa paupière, elle commença doucement. Autour d'elle volait la divine harmonie qui, de ses molles ailes caressant les oreilles avides, sollicitait les intelligences et chatouillait les cœurs d'un agréable frémissement. Ravi lui-môme, son rival ne respirait pas, ne remuait pas le sourcil, et ne reprit l'empire de ses sens qu'en voyant verdoyer la couronne enviée sur les noires tresses de Corinne qui, au milieu du bruit des applaudissements, inclinait sa belle joue où la joie s'épanouissait, mêlée à la flamme de la pudeur. Pénétré de douleur et de honte, l'illustre vaincu se déroba aux yeux de la foule, et s'en alla, solitaire, vers ces bois d'oliviers d'où le Parnasse élève son front aérien. Là, il errait gémissant, lorsque, de la cime du Lycorée, a déesse Uranic l'aperçut, Uranie que le jeune homme

trouva toujours favorable à sa destinée, et aussitôt elle conçut la charitable pensée d'adoucir ses ennuis. Dans les profonds détours de la montagne sacrée, il est un bois solitaire et sombre, où parfois, sous l'ombre fraîche et mobile, exerçant leur pied d'ambroisie, les muses rajeunissent un gazon que la trace des mortels n'a point encore profané. A l'entrée de la foret, et sous le bord du voile qu'étend l'ombre silencieuse, bondit l'Inspiration, la volupté des âmes brûlantes, et là, le front incliné sur sa main élevée, la Pensée médite, à côté du Silence dont la main s'unit à la sienne. Noble fille du Temps et de Minerve, là est la Gloire, le désir de tant d'amants : la cruelle les voit tous, et ne sourit qu'à un seul. C'est là que la déesse attira Pindare. A mesure qu'il avançait, qu'il respirait l'air sacré, l'heureux élu sentait un doux frisson arrêter son sang dans ses veines, et une flamme légère effleurer son front et envahir son esprit. Après que son pied, obéissant, sans le savoir, aux volontés de la déesse, eut pénétré avant dans la forêt, Uranie abandonna les hauteurs de son trône solitaire, et rejoignit son vaillant disciple dans le secret asile. Comme souvent il arrive, en songe, que Ton croit glisser sur toute une longue échelle, ou jusqu'au bas d'une pente douce, les pieds joints, et sans toucher le degré, sans effleurer le rocher; telle, effleurant dans son vol les cimes aériennes, descendait la déesse. Elle dépouille son front de ses rayons, ses épaules de leurs ailes, et sous des traits mortels dérobe la divinité ; elle devient Myrthis, qui jadis avait enseigné à Pindare l'art de chanter sur la lyre1. Sous

1 . Myrtho ou Myrthis ; c'est le nom que plusieurs biographes donnent à la mère de Pindare. (N. du Tracl.)

cette forme elle s'offre à lui tout h coup. Lui, rougissant et confus :

— « Pourquoi viens-tu ? dit-il. Sans doute pour voir « ma rougeur? 0 mère, pourquoi me berçais-tu du « vain espoir de tant d'honneurs? »

Comme une mère qui a vu tomber son petit enfant, tandis que, dans sa joie, il folâtrait à ses pieds : Tentant ouvre des yeux effrayés, et déjà une petite larme se forme et brille au bord de sa paupière; la mère dans son sein tremblant retient le cri prêt à s'échapper, et doucement sourit au visage de son fils pour qu'il ne pleure pas. Avec ce même et divin sourire, la muse répondit : — <c Je viens te rendre le courage, « avec ces douces paroles. Pourquoi ton âme se laisse- « t-elle si aisément décourager? Ce n'était pas sans « l'aveu des muses, ô mon fils, que j'attendais de toi « de si hautes merveilles. » — « Eh ! comment croi- « rais-je, répondit Pindare, que les muses aient souci « des poètes ? Si jamais par son culte un homme « avait pu se rendre propice quelqu'un des immor- « tels, qui jamais, par des sacrifices et des louanges, « qui plus que moi, par des prières et un cœur pur, « a honoré les muses? Mais si tu sympathises à ma « douleur, poursuivit-il, ne refuse pas à mon esprit « malade la consolation de les chants. »

La bouche se tut, mais le visage priait encore, comme celui qui brûle d'entendre, et qui redoute, en parlant, de faire obstacle à la réponse. Alors ils prirent place sur le gazon; Uranie saisit son archet, et lui récita cet hymne que mon chant vous répète dans un rhythme moins sonore.

« Parmi les coupes couronnées de la pourpre de « l'ambroisie, concitoyennes des immortels, les

(( muses étaient la joie des banquets de leur père, « dans les palais de l'Olympe, et ne daignaient « pas encore visiter les vallées terrestres. Jupiter, le « premier, leur ordonna de descendre sur la terre, « pour y être l'école et la consolation de la vie. Jupi- « ter, du haut du ciel, voyait, déjà pressés, les pas « errants de l'homme sillonner la terre en tous sens, « et, sous le poids de tous les maux, aller courbée et <( aveugle la pauvre race humaine. Il crut alors assez « expié le larcin du feu céleste ; le temps avait. « émoussé les flèches aiguës de sa colère. Enfin, le « père des dieux accueillit dans ses conseils éternels « une résolution plus douce : — Assez et trop longce temps déjà les Furies, dit-il, ont fait peser sur la « terre leur domination impie; assez longtemps dans <( les poitrines humaines elles ont soufflé la haine et <( ont tourné au mal les desseins des mortels. — Une « légion d'heureux génies couronnait le trône du « Dieu; une légion illustre de Vertus (c'est leur nom « ici-bas). Le Dieu leur ordonna d'abord de parcourir « l'univers et d'y poursuivre les cruelles ennemies de « l'homme, et de ramener l'infortuné à de plus doux « pensers. Les esprits obéissants descendirent dans « ce bas monde quelejourparlage avec les ténèbres, « et le parcoururent tout entier, Inais en vain; le re- « gard des mortels ne se leva pas vers cette grande « lumière, et la volonté de Jupiter ne s'accomplissait « pas ; néanmoins la volonté du Dieu ne fléchit pas. « L'obstacle est un frein pour l'impuissance, un ai- « guillon pour l'audace. Il lit naître clans la pensée « de Jupiter l'idée d'une nouvelle expérience. A la « table du dieu tonnant, les Muses unissaient dans « leurs chants l'essor de leurs voix mélodieuses. Ivres

TJRANIE. 377

t< d'harmonie se taisaient les âmes des Dieux. Jupiter a fit un signe de sa droite, et le flot croissant de « l'hymne élancé s'arrêta tout à coup. Le père des « dieux fit luire sur les vierges inspirées la majesté « de son regard apaisé, et leur adressa ce comman- « dément, tempéré par l'amour : — Mes filles, la voce lonté de votre père vous choisit aujourd'hui pour « être les ministres d'une œuvre sainte. Vous voyez « les Vertus errer, encore inconnues, parmi les fils « aveugles de Pyrrha. Vainement jusqu'ici elles ont « essayé d'allumer dans ces rudes poitrines le feu d'un « généreux amour; vainement elles ont essayé d'ouvrir « la porte de ces âmes dures; il n'yaplusquelaséduc- « tion de votre art qui le puisse aujourd'hui. Descen- « dez donc sur la terre; les grâces y suivront vos « pas, et sans vous moins brillant, déjà l'Olympe « atlend votre retour. Alors le fils de Saturne se tut, « et en achevant ces dernières paroles, il sourit douce cernent du regard et des lèvres. A ce mouvement « du dieu la voûte céleste tressaillit, et l'Olympe p soudain rayonna de toute sa blonde lumière. Cepen- « dant les Muses, en jetant les yeux sur le monde, « avaient vu la longue détresse des Vertus négligées. « Mais quelle fut la première qui, par ses soins pro- « pices, s'efforça d'accomplir les saintes volontés de « Jupiter? CefutCalliope, qui, entre tous les mortels, « eut l'heureuse pensée de choisir Orphée, et le ché- « rit assez pour ne lui pas refuser le nom de fils. In- « visible à ses yeux, la déesse se tenait près de son a oreille, et faisait entendre au cœur de son nourris- « son l'harmonieuse voix d'où son nom lui est venu. « Le beau dessein de Galliope fut imité par toutes ses « sœurs; et chacune, à son exemple, devenue l'insti-

o78 URANIE.

ce tutrice d'un mortel élu entre tous, elles allaient at- « tirant les cœurs par le chant dont la grâce apaisait a la colère dans ces âmes d'airain. Ainsi les Muses <( commencèrent à détourner du sang et de l'instinct (( farouche les hommes encore peu nombreux. Leur « regard qu'auparavant ils tenaient attaché à la (c terre, ce regard qui rend l'avenir esclave du passé, (( se releva, animé d'une force nouvelle. Les hommes « alors regardèrent autour d'eux, et virent tous ces « divins étrangers qui faisaient la guerre aux Furies. (( Où la Cruauté, ce monstre horrible qui frappe et « rit, avait coutume de déchaîner sa rage, ils virent a la Pitié qui, agitant les cœurs d'un tendre frémisse- « ment, sollicitait leur sympathie pour les maux dont « ils étaient les témoins, la Pitié, sourire des infortu- « nés, déesse aimable. Ils virent l'Offense, stupide et (( féroce, marcher le front levé, provoquant les es- « prits, et partout un doux génie s'opposer à cette Fua rie ; le Pardon volontaire, qui, de sa droite, efface « l'injure, dans sa gauche porte le bienfait, et oublie ce l'un el l'autre; il s'avance avec calme au-devant de « la Furie; compagne lente, mais sûre, Némésis suit « la trace du Pardon, et si elle le voit repoussé, elle « ne remue pas, elle attend. Un jour enfin, dé- « sarmée, l'Offense , dans ses courses , apparaît « devant Némésis; celle-ci, alors, sur son arc « silencieux pose la flèche ailée ; la pointe inat- « tendue arrive aux flancs du monstre, et ralentit sa « course impie. Ils virent le Travail sans honneur « monlrer en vain les champs déserts auxquels le fer « paresseux ne demandait pas encore le tribut né- « cessaire des moissons dorées; l'Honneur se joignit « au Travail, dans l'espoir que peut-être le Dieu utile

« en deviendrait plus cher aux yeux éclairés des « mortels. Ils virent la Foi, gardienne inébranlable « des serments, et le Génie souriant de l'Hospitalité « qui serre, entre des hommes qui ne se connaissaient « pas, le nœud d'une amitié fraternelle; ils virent « enfin cette troupe divine s'empresser tout entière h « son œuvre. Ils le virent, et un sentiment nouveau « d'amour et de pitié s'éveilla dans leurs âmes étona nées et les subjugua en les embrasant. Tranquilles, « dans le cœur, sur l'avenir de ces germes heureux, « les Muses donnèrent la lyre à leurs fils, et leur en- « seignôrent l'art sacré des vers : les Grâces y joi- « gnirent le charme et la persuasion puissante. Ils « allaient donc à la foule de leurs frères errants chante tant les beautés entrevues. Au premier son qui se « répandit dans l'air, la terre dépouilla son aspect « sauvage et sourit. Et toi, quel devins-tu, ô mortel! « et qu'éprouvas-tu, le jour où la première goutte de « l'harmonie céleste descendit sur ton cœur? Comme « on voit, à l'autel des dieux, alors que s'allume le « trépied sacré, et que sur le brasier frémissant la <f flamme rouge se joue et se balance, si la pieuse « main du prêtre y jette une poignée d'encens, le feu « d'abord revêt une pâleur sombre, puis tout à coup, ce de la flamme un moment apaisée s'élance une silence cieuse colonne, nuage odorant qui trouble l'air et « le réjouit tout ensemble; ainsi tombait sur les cœurs « la rosée de ces chants qui éteignaient la colère, et « faisaient naître à la place un désir inconnu et doux « de paix et de chariié. Ainsi l'homme apprit à conte naître les premières vertus qui font la vie heureuse, « reposéeetbelle, autant du moins qu'elle est permise à « l'homme. Alors, le cœur rempli de la joie de Pheu-

a roux événement, et portant sur le front la divine « allégresse du bienfait, les Muses retournèrentvers les « régions dorées de l'Olympe. Là, elles racontèrent « au maître des dieux les épreuves de leur bienfai- « santé entreprise, et leurs fatigues et leurs succès, et « de la bouche de leur père charmé de les entendre « elles recueillirent ce chant si doux h l'oreille des « meilleurs, la louange. Mais un long temps ne s'était « pas encore écoulé depuis le retour des Muses, que « déjà le regret de la terre s'éveillait dans l'àme des « neuf sœurs, car aucun lieu n'est doux h revoir, à « l'égal de celui qui nous rappelle une action génère reuse; et elles élirent leur séjour en ce lieu que pro- « tégent à l'entour de redoutables mystères, et tou- « jours fidèles au culte des arts antiques, elles souf- (( lient l'inspiration divine au cœur d'un petit nombre <( de vivants, et leur enseignent à frapper les âmes « par d'immortelles paroles. Pour toi, ô Pindare, dès « ta naissance, Uranie t'aima et prit soin de loi. Et si « dans ce jour, ô mon fils, tout son amour n'a pu te « donner la victoire, c'est qu'une divinité poursuit sur « toi sa vengeance; coupable de négligence, tu as rea fusé aux Grâces le culte qui leur est dû, à ces blan- « ches déesses ministres de la faveur céleste, sans qui « les immortels eux-mêmes ne savent ni conduire « leurs danses, ni régler leurs festins. S'il est quelce que chose d'aimable parmi les hommes, ils ne le « doivent qn'aux Grâces, et ce chant seul vivra icice bas, qui, sous les auspices des Grâces, ira chercher « sa langue dans les profondeurs de la pensée. Va, « implore-les, et que tes vœux les rendent faciles au « pardon. Cesse de regretter la palme qui tefutravie. <• Souvent, à côté du chêne, la fougère usurpe inso-

<( lemment le sol; elle croît et s'étend, et la noble « tige disparaît sous le périssable honneur du stérile « feuillage. Mais l'hiver disperse la fougère; et cepen- « dant l'arbuste, grandi en silence, a couvert au loin « la terre de ses branches, et nourrissant mille ra- « meaux de la sève de son tronc, prépare une ombre « propice au voyageur reconnaissant. Maître des « hymnes éternels, seul ainsi tu régneras un jour dans « Olympie; que cette lyre accompagne ton chant, et « te rappelle souvent ta destinée et mon amour. »

Uranie se tut et présenta la lyre à Pindare; puis, reprenant sa forme première, elle se montra revêtue d'une blanche lumière. Ses ailes d'azur s'agitèrent, ouvertes, sur ses épaules, pendant que, dans l'épaisseur de la forêt, son vol la dérobait aux regards de sonpoëte. Il reconnut la déesse; et saisi de terreur, d'étonnement et de joie, il tenait le précieux don : sur son front enflammé frémissaient encore les paroles d'Uranie, et cette haute promesse d'un destin glorieux; et la corde encore émue de l'empreinte du pouce divin répondait par un long murmure.

Page 1