‹ Théâtre et poésiesChapitre 213 sur 221 · SUR LA MORT DE CARLO IMBONATI · texte numérisé non relu

SUR LA MORT DE CARLO IMBONATI

« server une âme et des mains pures ; n'essayer des a choses humaines que ce qu'il te faut pour ne plus « en prendre souci : ne t'asservir h personne, ne faire « aucun traité avec les lâches ; ne trahir jamais la « sainte vérité; ne proférer jamais une parole qui <c ressemble h un encouragement pour le vice, à une « moquerie pour la vertu.

— « 0 maître, m'écriai-je, ô mon tendre guide, ne « m'abandonne pas; que la lumière de tes conseils « ne s'éteigne pas encore; reste pour me conduire, « pour éclairer cet esprit qu'aveuglent à la fois la naa ture et la jeunesse, et sauve ma raison de mon cœur. »

Je parlais ainsi et je pleurais. Il eut pitié de ma douleur et reprit :

— «Ailleurs est la cité où nous devons être éter- « nellement réunis. Ici-bas, aime et écoute la noble a femme dont lu es le fils par le hasard de la nature « et l'ami par le choix de son cœur, et par ta ten- « dresse filiale adoucis l'amertume de ses longs ence nuis. Elle n'est attentive, dis-lui que je le sais, qu'à « chercher, pour y poser le pied, la trace de mes « pas; les fleurs qu'elle répand sur ma cendre, dis-lui « que je les recueille pour les rendre immortelles, et « que j'en tresse une couronne qui ne craindra ni « soleil ni frimas, que je veux moi-même la placer « sur son front, encore arrosé de ses belles larmes. »

Une douce tristesse, l'amour, mille sentiments confus m'assaillirent, et me levant tout à coup, je voulais tendre les deux bras vers cette tête chérie. A cette secousse, je demeurai comme un homme que le sommeil vient de quitter. Et quand j'interrogeai l'espace du regard et de la main, je me vis seul; mais je retrouvai sous ma paupière une larme encore tiède.

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