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LA NATIVITÉ

L'ange du ciel, envoyé pour annoncer aux hommes celte grande aventure, ne se tourna pas vers les palais où les puissants reposent sous la garde de sentinelles; mais parmi les pieux bergers, inconnus au monde cruel, il se montre soudain dans sa lumière.

Et autour de lui, descendus par milliers à travers la vaste nuit,, des essaims d'esprits célestes reployèrent la splendeur de leurs ailes enflammées, et, embrasés d'une douce ardeur, chantèrent à Dieu le cantique de gloire, comme ils le chantent dans le ciel.

Ils continuèrent l'hymne de joie en retournant au firmament; le murmure sacré s'éloignait avec eux dans les nuages entr'ouverts, et lentement montait, jusqu'à ce que plus rien n'entendit la tribu fidèle.

Sans hésiter, ces bienheureux, ils cherchèrent l'hôtellerie misérable, et ils virent, ainsi qu'il leur avait été dit, ils virent enveloppé de langes, et couché dans une crèche, ils entendirent vagir le roi du ciel.

Dors, ô petit enfant, ne pleure pas; dors, ô enfant céleste ! Les tempêtes n'oseraient se déchaîner sur ta tête, accoutumées sur la terre impie à courir devant toi, comme des coursiers en guerre.

Dors, ô fils du ciel! Les peuples ne savent qui vient de naître; mais le jour viendra où ils seront ton noble héritage, où dans son humble repos, où dans la poussière qui le cache, ils reconnaîtront le Roi!

Nous qui craignons la colère à venir, calmes et recueillis, marchons aujourd'hui vers le temple, comme des âmes absorbées dans la pensée du malheur qui vient tout à coup de leur être annoncé. N'attendons pas l'appel de la cloche, le rit lugubre ne le permet pas; comme la femme qui pleure son époux, l'autel a pris le vêtement des veuves.

Aujourd'hui cessent les hymnes et les bienheureux mystères au sein desquels descend, par une voie mystique, sous l'ombre des voiles renouvelés, la vivante hostie de paix et d'amour. Un chant s'élève, ces lamentations sacrées que fit entendre le prévoyant Isaïe, le jour où une épouvante divine pesait sur son cœur prophétique.

De qui parles-tu, ô voyant de Juda? quel est celui qui devant l'Éternel germera comme une plante de la terre dépouillée, loin de la source vivifiante? Cette victime nourrie d'outrages, qui se couvre la face d'un voile, comme un homme frappé du ciel, le dernier de tous les mortels?

C'est le Juste que les lâches ont percé de coups, silencieux, sans résistance; c'est le. Juste : sur sa tête le Seigneur a répandu le crime de tous. C'est le Saint, le Samson prédit, dont la mort affranchit Israël, et qui livre lui-même h l'épouse infidèle sa puissante chevelure :

Celui qui est assis sur les cercles divins et s'est fait le fils d'Adam; confondu avec ses frères malheureux, il n'a pas dédaigné de partager avec eux le funeste héritage. Il a voulu ressentir la honte, et le deuil dans l'âme et les angoisses de la mort, et la terreur qui accompagne le péché, lui qui jamais ne connut le péché.

Il a vu son humble prière repoussée, il a vu l'abandon de son père, et il l'a supporté! 0 épouvante! il a souffert l'horrible baiser d'un ami parjure. Mais cette âme devint semblable à la nuit de l'homme, meurtrier de l'homme; il n'entend plus que le cri du sang, et tout lui rappelle qu'il a livré le sang.

0 épouvante ! la multitude railleuse insulte effrontément à ce visage divin sur lequel n'osent arrêter leurs regards les fils irréprochables du ciel : comme l'homme ivre désire le vin, ainsi cette haine s'irrite dans l'outrage, et la joie du crime l'excite au plus grand de tous.

Quel était ce silencieux accusé que le juif pervers traînait à son profane tribunal, comme une victime devant l'autel? Le Romain superbe ne le savait pas; mais il crut, le juge en délire, qu'il pouvait acheter avec le sang du Juste sa lâche sécurité.

Au ciel recueilli dans sa douleur monta le murmure d'une exécrable prière; les esprits célestes se voilèrent le visage, et Dieu dit : Il sera fait selon vos désirs. Et ce sang, appelé par l'imprécation des pères, tombe encore sur leur misérable postérité qui, renouvelée d'âge en âge, n'a pu le secouer de son front.

A peine le divin affligé avait-il posé sa tête sur le chevet fatal, et poussant un grand cri, avait-il exhalé le dernier soupir, que déjà sur la montagne, témoin de leur affreuse joie, le courroux de Dieu grandit et menace les meurtriers. Déjà, par ses redoutables messagères, il se montre comme pour dire : Dans peu je viendrai.

Ohl Père tout-puissant! au nom de celui qui s'immole, fais taire enfin cette formidable colère, donne un meilleur cours à la parole insensée des aveugles, Seineur compatissant ! Oui, que ce sang descende sur eux, mais comme une douce rosée, qui lave leurs souillures. Nous avons tous failli; que l'erreur de tous s'efface sous ce sang vénéré !

Et toi, sa mère, qui a vu, immobile, un tel fils mourir sur la croix, demande pour nous, ô reine des affligés, que nous puissions le contempler dans sa gloire, et que les peines dont le siècle méchant attriste encore l'exil des bons, mêlées aux saintes souffrances de ton fils, nous soient le gage de l'éternelle félicité.

Il est ressuscité! Comment la mort se laissa-t-elle arracher sa proie? Gomment a-t-il forcé les portes funestes? Comment s'est-il sauvé une seconde fois, celui qui reposait sous une puissance étrangère? Je le jure par celui qu'il réveilla du sommeil de la mort,

Il est ressuscité : sa tète sainte ne repose plus dans le suaire. Il est ressuscité; à côté de la tombe solitaire gît, renversée, la pierre du sépulcre. Comme un homme plus fort après l'ivresse, le Seigneur s'est réveillé.

De même qu'au milieu du chemin le voyageur se repose à l'ombre, et, quand sa force lui revient, secoue la feuille aride qui, détachée du rameau, s'est doucement, doucement amassée sur son front;

Ainsi le Dieu fort a rejeté le marbre vain qui fermait le caveau du sépulcre, quand l'àme, revenue delà vallée sombre vers le corps divin qui se taisait, lui a dit : Lève-toi, me voici avec toi!

Quelle parole s'est répandue parmi ceux d'Israël endormis dans la mort? Le Seigneur a ouvert les portes! Le Seigneur, Emmanuel! 0 justes endormis dans l'attente, voici la fin de votre exil; c'est lui, le Rédempteur!

Avant lui, quel mortel eut osé remonter dans l'éternel royaume? Il est descendu, ô vieux patriarches, pour vous ravir aux muettes ténèbres de l'enfer, lui, le désir et l'espoir des temps antiques, la terreur de l'ennemi, le vainqueur promis!

A ces merveilleux voyants qui racontèrent l'avenir, comme un père raconte à ses enfants attentifs les événements du passé, il s'est montré ce soleil éclatant qui jura par leur bouche que la terre verrait son Dieu;

Lorsque Aggée, lorsque Isaïe promirent à l'univers entier qu'un jour viendrait le Désiré; lorsque, ab-

sorbe dans sa pensée, Daniel lut, compta les jours, et se souvint des ans qui n'étaient pas nés encore.

L'aurore se levait, et, le visage mouillé de larmes, Madeleine et les autres femmes se lamentaient sur le Crucifié. Voicique la montague de Sion tressaillit tout entière, et les gardes insolents s'évanouirent d'épouvante.

Un jeune étranger était assis sur le monument; son aspect avait l'éclat de la foudre, ses vêlements la blancheur de la neige. Interrogé par la pauvre désolée, il répondit avec douceur : Il est ressuscité, il n'est plus ici.

Loin de nous les manteaux sans parures et les sombres couleurs de la violette; que 1 or accoutumé recommence à briller. Prenez l'étole blanche, ô prêtre, ctretournez à vos sublimes fonctions, et h la clarté des flambeaux, annoncez le ressuscité.

Un cri s'élève de l'autel : réjouissez-vous, blanche Dame du Ciel, réjouissez-vous! Le Dieu qui choisit votre sein pour y revêtir notre nature mortelle est ressuscité comme il Pavait dit. Priez pour nous, car il a voulu que votre prière fût une loi pour lui.

O frères, le rit sacré ne parle aujourd'hui que de joie. Ce jour est celui des banquets, le jour où toute âme tressaille d'allégresse. Est-il une mère qui ne s'empresse à parer ses petits enfants de leurs plus beaux habits de fête?

Que le repas du riche soit frugal, et que toute table ait part h ses dons. Il faut que For dérobé au faste des mets recherchés se glisse, comme un ami, sous l'hum-

3<J0 LA PENTECOTE.

ble (oit du pauvre, et que la table de l'indigent se montre aujourd'hui plus riante.

Loin de nous les cris et le tumulte des fêtes impures; ce n'est pas là cette allégresse qui réjouit le cœur des justes. Celle-ci est calme en son maintien, mais céleste; elle est le symbole de la joie qui doit venir.

Oh ! les bienheureux! pour eux plus beau se lève le soleil des jours saints. Mais qu'adviendra-t-il de celui qui laisse, ah ! l'insensé, errer ses pas rebelles sur le chemin qui mène à la mort ! Celui qui se confie au Seigneur ressuscitera avec le Seigneur.

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