‹ Théâtre et poésiesChapitre 34 sur 221 · Poggii/fis*., lib. VI · texte numérisé non relu

Poggii/fis*., lib. VI

de la justice de l'arrêt qui frappa le comte de Carmagnola. C'est le comte Verri. Mais il suffira de lire le passage de son histoire qui se rapporte à cet événement, pour être tout à fait convaincu soi-même que son opinion vient de ce qu'il n'a pas daigné s'informer exactement des faits sur lesquels il Ta établie. Voici ses paroles : « Soit que, par une répugnance naturelle, il se refusât à « consommer la ruine d'un prince qui autrefois l'avait comblé « d'honneurs et sous lequel il avait acquis tant de renommée ; « soit qu'il se flattât toujours de l'espoir que le duc humilié en « viendrait à lui faire des propositions d'accommodement, et lui « sacrifierait les lâches ennemis qui avaient osé lui nuire, et qui « étaient les plus vils de ses courtisans, soit enfin quelque autre a motif, le comte Francesco Carmagnola, au mépris de la défense « des procurateurs vénitiens et de leur opposition formelle, s'ob- « stina à renvoyer au duc, désarmés sans doute, mais libres, « tous les généraux et les soldats, en grand nombre, qu'il avait a faits prisonniers dans la journée du 1 1 octobre 1427... La suite « de ses entreprises ne %t que mettre déplus en plus ses desseins « à découvert. Il négligeait toutes les occasions et s'avançait si c< lentement qu'il laissait toujours aux soldats du duc le temps « de se défendre. Enfin sa mauvaise foi devint d'une telle é vice dence qu'après un procès dans les règles, il fut décapité à Ve- « nise, comme coupable de haute trahison. » On est confondu de voir admis, comme une preuve de la culpabilité d'un homme, un jugement secret de ces temps-là, et par un historien qui a si bien connu toute l'iniquité des jugements de ce genre, et qui s'attache avec tant de soin à la faire connaître à ses lecteurs. Quant au fait des prisonniers, chacun peut apprécier les erreurs de la relation que je viens de transcrire. Le comte de Carmagnola ne renvoya pas libres tous les généraux et soldats, mais seulement quatre cents de ces derniers; il ne renvoya point de généraux, car il n'en fut pris d'autres que Malatesti, et celui-ci fut retenu ; il n'est pas plus exact de dire que les soldats aient été renvoyés au duc ; ils furent simplement remis en liberté. Je ne vois pas enfin à quoi bon tant de conjectures, pour expliquer la conduite de Carmagnola dans cette rencontre, quand c'est un fait qu'elle fut dictée par un usage de guerre.

Le sort de Carmagnola fit grand bruit dans toute l'Italie, et il semble que les Piémontais, en particulier, en aient ressenti une indignation plus vive, et qu'ils en aient longtemps conservé la

mémoire, comme l'indique l'anecdote suivante racontée par De nina l.

Le premier soupçon qu'eurent les Vénitiens de la ligue de Cambrai leur vint d'un des agents qu'ils entretenaient à Milan, lequel avait entendu dire « qu'un nommé Carlo Giuffredo, Piémontais, « l'un des secrétaires d'État du gouvernement milanais, au ser- « vice du roi Louis, allait répétant parmi ses amis que le temps « était venu où serait vengée avec usure la mort du comte France cesco Carmagnola, son compatriote. »

Si je cite ce trait, ce n'est pas pour applaudir à un sentiment de vengeance et de patriotisme municipal, mais pour montrer quelle importance s'attachait à ce grand capitaine, dans cette noble et belliqueuse partie de l'Italie qui le regardait plus spécialement comme un des siens.

Aces événements que Ton a choisis pour en faire la matière de la présente tragédie, on a conservé leur ordre chronologique et leurs circonstances essentielles. Seulement c'est à Venise que l'on suppose arrivé l'attentat contre les jours de Carmagnola, qui, en réalité, avait eu lieu à Trévise.

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