‹ Théâtre et poésiesChapitre 51 sur 221 · ACTE II, SCENE III · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE III

champ de bataille où il a pris tous ses avantages. Sauvons-la d'abord : on reprend aisément les terres avec des armées.

FORTEBRACCIO.

Avec lesquelles? Non pas certes avec celles à qui l'on apprend à décamper, dès que l'ennemi paraît, à n'oser le regarder en face, à laisser des compagnons d'armes seuls et dans la détresse; mais avec des troupes telles que nous les avons maintenant, enflammées de colère et de honte, impatientes de combattre; avec de tels hommes on répare ses pertes et on remporte des victoires. Qu'attendons-nous encore? Les glaives sont tirés, pourquoi les laisser se rouiller?

SFORZA

Tprello, vous craignez des embûches? A mon tour je vous dirai : il n'est plus question de ces guerres où de petits détachements s'en allaient l'œil tendu et regardant à chaque buisson, à chaque détour du chemin. Aujourd'hui une armée entière va se ruer sur une armée entière; une si grande armée peut être vaincue, jamais enveloppée. Elle enlève chemin faisant tous les obstacles, et tant qu'elle demeure unie, partout où elle est, elle est toujours sur son terrain.

FORTEBRACCIO, à Pergola et à Torello.

Êtes-vous convaincus?

TORELLO

Souffrez....

MALATESTI.

Je le suis : inutile d'en dire davantage. Je me tiens assuré que vous serez tous d'accord pour agir, plus que vous n'avez été divisés pour délibérer. Puisque chaque parti a son danger, choisissons du moins celui qui promet le plus de gloire : nous livrerons bataille.

Je me place avec les miens en tête de l'armée, Sforza vient derrière moi et ferme l'avant-garde; Forlebraccio prendra position au centre du corps de bataille. Noire affaire à nous sera d'attaquer vivement le camp ennemi, de le forcer et de pousser jusqu'à Maclodio. Vous, Torello, et vous, Pergola, qui doutez si fort du succès de la journée, je laisse à vos mains le soin de l'assurer. Placés à quelque distance, vous aurez l'arrière-garde. Si la fortune, comme elle a coutume de le faire, seconde le courage, et que nous rompions l'ennemi, vous tombez alors sur ses débris dispersés. Mais s'il résiste à notre choc, et que vous nous voyiez engagés dans un pas d'où nous ne puissions sortir seuls, venez à nous et dégagez vos amis en péril. Quelque chose qui arrive, je vous 'promets que vous ne nous verrez pas reculer sur vous.

FORTEBRACCIO.

Non, vous ne le verrez pas.

sforza , Soyez-en bien sûrs.

FORTEBRACCIO.

Le ciel en soit loué! enfin donc nous combattrons; jamais, que je sache, général n'eut tant à débattre pour faire son métier.

PERGOLA

0 Carmagnola,tuas pensé que la fougue des jeunes prévaudrait aujourd'hui sur la prudence des vieux; et tu nous as offert la bataille !

FORTEBRACCIO.

Oui, la prudence est la vertu des vieillards : elle croît avec les années, elle croît tant qu'à la jin ce n'est plus.

PERGOLA

Hé bien f achevez.

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