ACTE II, SCENE III
FORTEBRACCIO.
Que de la peur, puisque aussi bien vous tenez h l'entendre.
MALATESTI.
Fortebraccio !
PERGOLA
Tu Tas dit. Un soldat qui maintes fois déjà avait combattu et vaincu, que tes yeux n'avaient pas encore aperçu une bannière, tu es le premier qui ait osé lui dire....
• MALATESTI.
Carmagnola est de ce côté, près de Maclodio. Celui de nous qui aujourd'hui croirait avoir un autre ennemi que lui serait un traître; je le dis sérieusement.
PERGOLA
Je retire le premier avis que j'avais donné et maintenant je veux la bataille. Il en sera ce que j'ai dit, mais il n'importe. Tout à l'heure on la pouvait éviter; maintenant je la demande le premier; je suis pour la bataille.
MALATESTI.
J'accepte l'avis, mais non l'augure; que le ciel le détourne sur la tête de l'ennemi !
PERGOLA
0 Fortebraccio, tu m'as offensé.
MALATESTI.
Maintenant donc...
FORTEBRACCIO.
Si tu le crois ainsi, à la bonne heure; mais ne crois pas que, pour te plaire à toi ou à tout autre, je veuille retirer un mot sorti de mes lèvres.
MALATESTI , au moment de partir.
Quiconque reste fidèle h Philippe me suive.
PERGOLA
Je vous promets qu'aujourd'hui nous livrerons bataille et que pas un de nous n'y manquera; ô Fortebracciol n'ajoute pas l'outrage à l'outrage; je te le répète, tu m'as offensé. — Écoute : je t'offre un moyen de me rendre l'honneur, sans rien perdre du tien.
FORTEBRACCIO.
Que veux-tu?
PERGOLA
Cède-moi ton poste. Quelque part que tu combattes, chacun sait que tu as voulu la bataille, et moi — et moi je dois, à tout prix, me montrer en un lieu où amis et ennemis voient clairement que je n'ai pas... tu m'entends.
FORTEBRACCIO.
Je le veux bien, prends ce poste. Tu le désires, il est à toi. Mais écoute-moi, généreux Pergola. Maintenant il m'est doux de te le dire, non, je ne t'ai point offensé. Tu crains trop pour la fortune de notre maître, voilà ce que j'ai voulu dire. Mais la crainte qui naît au cœur de ceux qui tiennent à la vie et la préfèrent à l'honneur, cette crainte qui dans le cœur du brave meurt au premier danger qu'il affronte, pour ne jamais y renaître, vaillant Pergola, as-tu pu croire?.,.
PERGOLA
Je n'ai rien cru; tu parles comme un noble cœur, que tu es. (A Malatesti.) Seigneur, vous consentez à l'échange?...
MALATESTI.
J'y consens; et je suis heureux de voir que cette grande fureur va tomber tout entière sur l'ennemi.