ACTE III, SCENE II
LE SECOND COMMISSAIRE
Eh bien I est-il quelque chose que vous ne "puissiez dans le camp ?
LE COMTE
Sans doute, ce que vous me demandez. Je ne puis violer un usage antique, un usage cher aux soldats.
LE SECOND COMMISSAIRE
Vous à qui rien ne résiste, devant qui s'efface toute volonté, sans que Ton voie si cette soumission est l'effet de l'amour ou de la crainte, vous ne pourriez dans ce camp faire une loi et la maintenir?
LE COMTE
J'ai dit que je ne le pouvais pas. Maintenant je dirai mieux : je ne le veux pas. Voilà assez de paroles. Avec mes amis, telle est depuis longtemps ma coutume : si leurs prières sont justes, j'accorde aussitôt et avec joie; si elles ne le sont pas, je refuse ouvertement. — Soldats !
LE SECOND COMMISSAIRE
Mais... quel dessein est le vôtre?
LE COMTE
Vous allez le savoir. (A un soldat qui entre.) Combien reste-t-il encore de prisonniers ?
LE SOLDAT
Quatre cents, je crois, général.
LE COMTE
Fais-les venir... fais venir les plus distingués... les premiers que tu rencontreras, qu'ils viennent sans tarder. (Le soldat sort.) Je le pourrais sans doute... Dès que j'aurais donné un tel ordre, aucun refus ne se ferait entendre dans le camp... Mais mes fils, les compagnons de mes dangers et de mes joies, ceux qui ont confiance en moi, qui croient suivre un capitaine tou-
jours prompt à défendre l'honneur de la milice et ses intérêts, les trahir de la sorte ! Je rendrais leur condition plus esclave, plus vile, plus triste qu'elle n'est!... Seigneurs, je suis confiant, un soldat l'est toujours; mais si vous voulez obtenir de moi par la force ce qui me ravirait l'amour de mes compagnons, si vous voulez me séparer d'eux, et me réduire à ne plus avoir d'autre appui que le vôtre, — je vous le dis malgré moi, — vous m'obligeriez à douter...
LE SECOND COMMISSAIRE
Que dites-vous?