LE PRISONNIER
Et maintenant ce sera pour nous un malheur de n'avoir cédé qu'à vous seul, seigneur? Et ceux qui sont échus à un vainqueur moins glorieux l'auront trouvé plus courtois? Vainement avons-nous demandé notre liberté à vos soldats, aucun n'ose disposer de nous sans votre assentiment; mais tous nous l'ont promis. — « Oh î si vous pouviez vous montrer au comte, nous disaient-ils, ce n'est pas lui qui voudrait aggraver le sort des vaincus; ce n'est pas lui qui laissera périr les antiques usages de la courtoisie guerrière... Il serait plutôt le premier à les inventer. »
LE COMTE , aux commissaires.
Vous les entendez, seigneurs... Eh bien ! qu'en ditesvous? Que feriez-vous àma place?... [Aux prisonniers.) Me préserve le ciel que personne ait de moi une plus haute idée que moi-même! — Vous êtes libres, mes amis. Adieu I suivez votre sort, et s'il vous ramène^encore sous un drapeau ennemi du mien... eh bien! nous nous reverrons. (Les prisonniers se retirant avec de vives démonstrations de joie; le comte remarque le jeune Pergola et l'arrête.) Jeune homme, tu n'es pas d'une
condition vulgaire, tes vêtements le disent, et mieux encore ton visage. Et tu te confonds parmi les autres? Et tu te tais?
LE JEUNE PERGOLA
0 général, un vaincu n'a rien à dire.
Tu portes ta triste fortune en homme bien digne d'en trouver une meilleure. Quel est ton nom?
LE JEUNE PERGOLA
Un nom auquel il sera bien difficile d'ajouter de la gloire, et qui impose de graves obligations à celui qui le porte : Pergola est mon nom.
[LE COMTE
Comment? tu es le fils de ce vaillant capitaine?
LE JEUNE PERGOLA
Je le suis.
LE COMTE
Viens, et embrasse le vieil ami de ton père. J'étais tel que te voilà quand je le connus pour la première fois. — Tu me rappelles les beaux jours, les jours de l'espérance. Allons, reprends courage ; — la fortune m'a accordé de plus heureux commencements; mais ses promesses sont pour les braves, et tôt ou tard elle les tient. Salue ton père en mon nom, et dis-lui, cher enfant, que je ne te l'ai pas demandé, mais que je suis bien sûr qu'il ne voulait pas de cette bataille.
LE JEUNE PERGOLA
Non, certes, il n'en voulait pas. Mais le vent a emporté ses paroles.
LE COMTE
Ne t'afflige pas. La honte de la défaite retombe sur le général; et c'est toujours bien commencer que de combattre vaillamment au poste où l'on fut placé. Viens