‹ Théâtre et poésiesChapitre 72 sur 221 · ACTE IV, SCENE I · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE I

dre devant vous un décret du sénat? Il ne s'agit ici que de vous. Pensez h vous, non à la patrie : à d'autres mains, à des mains courageuses et pures est commis le soin de sa destinée; ce qu'il lui importe, ce n'est pas que sa volonté vous plaise, mais qu'elle s'accomplisse, et qu'on ne souffre pas même la pensée d'y apporter obstacle. C'est à quoi nous veillons. Or donc, je ne veux plus de vous qu'une réponse. Le vote du sénat sur cet homme est formel, il doit s'exécuter. — Vous, quelles sont vos pensées?

MARCO

Quelle question, seigneur!

MARINO

Vous êtes en dehors d'un grand dessein, et dans votre cœur vous souhaitez qu'il ne puisse s'accomplir; n'est-ce pas la vérité?

MARCO

Qu'importe à l'État ce que je souhaite? Il sait par expérience que pour agir je ne prends pas conseil de mes vœux, mais de mon devoir.

MARINO

Quel gage avons-nous que vous agirez ainsi? Je vous en demande un au nom du tribunal. Si vous le refusez, il vous tient pour un traître, et ce qui est réservé aux traîtres, vous le savez.

MARCO

Moi!... qu'exige-t-on de moi?

MARINO

Reconnaissez quelle est cette patrie à qui votre cœur a eu le courage de préférer un étranger. C'e^t toujours avec effort, toujours tardivement, quelle appesantit sa main sur l'un de ses enfants; et elle ne consent à perdre que celui qu'elle ne peut sauver. Elle est prête

h oublier toutes vos erreurs; elle vous ouvre elle-même la voie du repentir.

MARCO

Du repentir !... mais quelle est cette voie?

MARINO

Le musulman menace d'attaquer Thessalonique; vous y êtes envoyé. Les fonctions que vous devez y remplir, vous les connaîtrez sur les lieux; le navire est prêt, et vous partirez aujourd'hui.

MARCO

J'obéirai.

MARINO

Mais on veut un garant de] votre foi; vous allez jurer par tout ce qu'il y a de sacré que, ni en paroles, ni en signes, rien par vous ne transpirera de tout ce qui a été résolu aujourd'hui. Voici la formule du serment. (// lui présente un papier.) Signez.

MARCO ; il lit.

Eh quoi! seigneur, il ne suffit pas?...

MARINO

Écoutez-moi, c'est la dernière fois. Le messager est en route pour porter au comte son rappel. S'il obéit promptement et revient à Venise, il trouvera justice, peut-être clémence; mais s'il refuse, s'il se fait attendre, s'il laisse percer le moindre soupçon, apprenez un grand secret et gardez-le fidèlement : l'ordre est donné, il ne sortira pas vivant de nos mains. Le traître qui oserait l'avertir par un signe, celui-là letueet se perd avec lui. — Je ne veux plus rien entendre; — signez, ou bien...

(Il lui présente le papier.) MARCO.

Voici mon nom.

(Il lui prend le papier et le signe.)

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