‹ Théâtre et poésiesChapitre 77 sur 221 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

Il fait nuit3 — Une salle du conseil des Dix, éclairée.

LE DOGE, LES DIX et LE COMTE, assis.

LE DOGE , au comte.

Voilà h quelles conditions le duc nous offre la paix, c'est sur quoi le conseil vous demande votre avis.

LE COMTE

Seigneurs, je vous en donnai un, en d'autres temps; je promis beaucoup, et alors vous fûtes satisfaits. J'ai tenu une partie de mes promesses; toutefois, mes actions sont encore loin de mes paroles; je ne veux pas néanmoins vous les faire oublier; ce n'était pas la jactance d'un soldat qui les plaçait sur ma lèvre imprévoyante. Vous me demandez encore mon avis, je ne puis que vous redire le premier : Si vous vous proposez de faire une guerre à outrance, une guerre ardente et décisive, il en est toujours temps; et c'est encore le meilleur choix. On vousabandonneBergame et Brescia; — ne sont-elles pas à vous? la victoire vous les a données. Le duc ne saurait vous offrir autant que vous pouvez espérer de lui ravir encore. Mais vous ne demandez sans doute que la vérité à un guerrier qui vous

a juré sa foi; — s'il ne vous plaît pas de changer la manière de conduire cette guerre, acceptez, et faites la paix.

LE DOGE

Vos paroles donnent beaucoup à entendre, mais expliquent peu. On vous demande un avis positif.

LE COMTE

Écoutez-le donc. Choisissez un général, et mettez en lui votre confiance : qu'il puisse tout entreprendre, que rien ne se tente sans lui; donnez-lui un large pouvoir, et qu'il en rende un compte rigoureux. Je ne vous demande pas de me choisir : je dis seulement qu'il ne faut pas beaucoup attendre d'un général à qui vous n'aurez pas fait cette situation.

MARINO

Mais n'était-elle pas la vôtre, quand vous avez voulu que les prisonniers fussent mis en liberté, et ils l'ont été? Et cependant la guerre n'en a été ni plus décisive ni plus sûre. Général et maître absolu dans le camp, peut-être eussiez-vous moins accordé.

LE COMTE

J'aurais fait plus : ces braves seraient venus sous mes bannières, et le trône de Philippe serait maintenant vide ou occupé par un autre.

LE DOGE

Vous avez de vastes desseins.

LE COMTE

Et il ne tient qu'à vous de les accomplir : s'ils ne le sont pas encore, c'estquelebras qui devait agir n'était pas libre, c'est la seule raison.

MARINO

On nous en a dit une autre: le duc vous aurait ému de pitié, et la haine violente que vous éprouviez pour

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