‹ ThéâtreChapitre 208 sur 267 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

-PONTDICHET.

Ah çà ; si c'est pour jouer à ce jeu-là...

DARDARD.

Etiez-vous, oui ou non, ce soir, au théâtre de M. Dormeuil ?

PONTBICHET.

Oui, en famille... Mais je ne vois pas...

DARDARD.

Occupiez-vous le numéro 13, second rang, première galerie, côté gauche ?... dites-moi si vous étiez bien ?

PONTBICHET.

Oh ! extrêmement bien...

Enfin, n'y avait-il pas près de vous une jeune fille... avec des yeux ! un nez ! une bouche !...

PONTBICHET.

En eff'et... ma fille Cornélie... Après ?

DARDARD, ôtaut son paletot.

Ça suffit. (// paraît en habit noir, gants blancs, costume de prétendu.) Monsieur, je suis un jeune homme pressé, Ernest Dardard-Lacassagne, de Dumirac, près de Bordeaux ; et j'ai l'honneur de vous demander la main de mademoiselle Cornélie, votre fille.

PONTBICHET.

Ah çà ! monsieur, vous flanquez-vous de moi ? Comment ! vous venez à deux heures du matin violer mon sanctuaire... et me conter vos polissonneries I...

DARDARD.

Il me semble que ma démarche...

PONTBICHET.

Sortez !

Par exemple !

DARDARD.

PONTBICHET.

Monsieur, je vous préviens que ma table de nuit contient deux objets !...

DARDARD, l'arrêtant pudiquement.

Chut 1 «n ne nomme pas ces choses-là I

PONTBICHET, continuant.

Une paire de pistolets pour les malfaiteurs, et un verre d'eau sucrée pour moi... quand je tousse.

DARDARD.

En vérité ! eh bien ?

AIR : Vaudeville de la Famille de l'Apothicaire.

Moi, je blâme cet imbroglio.

Des pistolets, de l'eau sucrée !

On croirait pour un quiproquo

La chose à dessein préparée.

Voyez d'ici l'affreuse erreur...

Vous pourriez, prenant l'un pour l'autre.

Sucrer... la cervelle au voleur.

Et percer un trou dans la vôtre.

POIsTBICfîET.

Ah çà ! monsieur, vous faites de l'esprit... moi, j'ai envie de dormir.

DARDARD.

Recouchez-vous.

PONTBICHET.

Quand vous serez parti.

DARDARD.

Moi 1 partir sans l'avoir vue, sans avoir revu Cornélie ?

PONTDICHET.

C'est ça, je vais la faire habiller pour vous.

DARDARD.

Ah 1 je ne demande pas ça I

PONTBICHET.

C'est heureux.

DARDARD.

Qu'elle vienne comme elle est... ce n'est pas sa robe que j'aime... ce n'est pas sa robe que j'épouse...

PONTBICHET.

Mais, monsieur...

DARDARD.

Ah ! vous ne me connaissez pas ; je suis de Bordeaux, monsieur !... j'ai la tête chaude !..

PONTBÎCHET.

Qu'est-ce que ça me fait ?

Page 1