‹ ThéâtreChapitre 215 sur 267 · SCENE QUATRIEME · texte numérisé non relu

SCENE QUATRIEME

DARDARD.

Chili ! c'est là qu'il commence. Quelquefois même il se met en avance I

Tenez, dans ce moment nous en jouons un vaudeville... Vous dites non; eh bien, vous direz oui... à la fin.

Oli ! ça...

DARDARD.

Comme les autres... J'en suis tellement sûr, que je viens de louer l'appartement au-dessus,

PONTBICHET.

Pour quoi faire ?

DARDARD.

Eh bien, pour m'y installer avec voire fille.

PONTBICHET.

Vraiment? (A part.) Une fois l'afTaire conclue, comme je le flanquerai à la porte... (Haut, ouvrant un carton.) Si vous désirez voir les écbantillons...

DARDARD, examinant.

Volontiers... {Passant son doigt dans le gant et le déchirant.) C'est mal cousu...

PONTHICIIKT.

C'est fait exprès... pour donner de l'air aux mains.

DARDARD.

Au fait, dans les pays chauds... pour l'exportation, ça suffira.

PONTBICHET.

Ah ! monsieur fait de l'exportation ?

DARDARD.

Je fais tout, monsieur, j'exporLe> j'importe et je colporte.

Tiens ! tiens ! tiens ! et vous gagnez de l'argent ?

DARDARD.

Comme ça... Il y a deux ans, j'avais tout juste un zéro dans chaque poche.

PONTBICHET.

Et aujourd'hui ?

ll> UN JEUNE HOMME PRESSE

DARDARD.

J'ai deux cent mille francs.

PONTBICHET.

Oh ! oh ! oh ! en deux ans?...

DARDARD.

Ah ! je suis de Bordeaux, moi ! Vous n'auriez pas besoin d'indigo ?

PONTBICHET.

Pour quoi faire?

DARDARD.

J'en ai à céder.

PONTBICHET.

Vous vendez aussi l'indigo ?... oh ! oh! oh! (A part.) II me fait l'effet de Mercure... en bourgeois. C'est un marron.

Eh bien, dans mon existence, il y a une chose qui me taquine... qui me pèse là... sur l'estomac.

PONTBICHET.

Des choux ?

DARDARD.

Non, un remords. Pontbichet, je dois ma fortune à une petite gredinerie.

PONTBICHET, gaiement.

Eh bien, je m'en doutais. Contez-moi ça.

DARDARD.

Au fait, avec son beau-père...

PONTBICHET.

Mais permettez...

DARDARD.

Puisque vous direz oui... c'est convenu. Il y a deux ans, j'étais simple commis chez un banquier de Bordeaux. Un jour, un riche armateur dont j'avais la confiance vint me trouver et me tint à peu près ce langage : « Pitchoun... ça veut dire petit, je vais me marier en Amérique ; n'ayant pas eu d'enfants dans ce monde, j'ai des chances pour en avoir dans l'autre. Or, je possède un neveu, un imbécile qui m'envoie deux fois par an ses fautes d'orthographe au jour de l'an et à ma fête. Avant de partir, je veux faire quelque chose pour cet animal-là. Voici quarante mille francs que tu lui remettras avec ma bénédiction... et une grammaire française.

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