SCENE QUATRIEME
Et vous vous êtes empressé de lui porter ?...
DARDARD.
Voiià où commence la petite gredinerie. J'allais partir, lorsque, à la porte des Messageries Laffitte et Gaillard, j'avise une affiche : « Vins à vendre sur pied. »
PONTIilCHET.
Comment des vins sur pied ?
DARDARD.
Oui, la récolte. Il s'agissait du meilleur crû des envirc'iis de Bordeaux... le crû de... neuf étoiles. Une affaire (l"or !... Alors je me dis : « Bah ! ce neveu est riche... il attendra bien six mois. Je lui porterai ça plus tard. > Je rumine mon opération, je consulte un ami, un jeune liomme de Bergerac ; il m'approuve, et je pars. Pontbiciiet, ne contez jamais vos alTaires à un jeune homme de Bergerac !
PONTBICHET.
Pourquoi ça ?
DARDARD.
J'arrive chez le vendeur... qu'est-ce que je trouve ? le petit gueux qui venait de me souffler...
PUNTiilCIIET.
Le crû de neuf étoiles ?
DARDARD.
Juste !
PONTBICHET.
Oh ! un crû si étoile que ça !
A ma place, qu'eussiez- vous fait ?
poxTBiCHET, avec dignité.
J'aurais jeté sur ce jeune homme un regard hautain et je serais parti.
DARDARD.
Parti ? Tenez, vous n'êtes qu'un Champenois !
PONTBICHET.
Je suis de Courbevoie.
D.\RDARD.
J'aclieliii cinq mille tonneaux... tout ce qu'il y avait dans le canton, une rafle.
PONTBICHET.
Mais puisque c'est l'autre qui avait le vin.
DARDARD.
Oui, mais il ne pouvait pas l'entonner sans ma permission... je tenais le bon bout, Coquinasse !
PONTBICHET.
Que fit-il ?
DARDARD.
Un beau trait : il me céda son marché à vingt-cinq pour cent de perte.
PONTBICHET, doTis V admiration.
Oh 1 oh ! oh ! (A part.) Ce petit bonhomme est prodigieux !... il est bien plus fort que Colardeau... et, en y réfléchissant... {Haut.) Ah çà ! et les quarante mille francs de l'autre... du neveu ?
DARDARD.
Je les ai toujours.
PONTBICHET.
Comment ?
DARDARD.
Quand je me présentai à son domicile, il avait déménagé depuis six mois... impossible de le retrouver... Mais son argent est là... tout prêt... et maintenant pour rien au monde...
PONTBICHET, liu prenant la main avec expression. Bien ! très-bien ! fort bien !
DARDARD, à part.
Je l'ai étourdi. (Haut.) Dites donc, papa Pontbichet, mariez-nous, hein ?
PONTBICHET.
Ecoutez, mon ami... si ça ne dépendait que de moi... car vous m'avez fasciné... je suis sous le charme ; mais c'est ma femme.
DARDARD.
Comment ! vous avez une femme, et vous ne me le dites pas ? Où est-elle ?
PONTBICHET.
Là, dans sa chambre...
DARDARD, frappant très fort à la porte indiquée.
Mauame i... nuuianie !... je vous demande la main de votre fille ?