ACTE QUATRIEME
BEAUPERTHUIS.
Sortez, monsieur... sortez !
FADiNARD, prenant une chaise.
Merci, monsieur... Vous demeurez liaut... votre escalier est raide... (// vient s'asseoir près de Beauperthiiis.)
BEAUPERTHUIS, ramenant la serviette sur ses jambm^
Monsieur, on n'entre pas ainsi chez les gens !... Je vous réitère...
FAuiNARD, soulevant un peu la serviette.
Vous prenez un bain de pieds ? Ne vous dérangez pas... je n'ai que peu de chose à vous dire... (// prend la bouilloire.)
Je ne reçois pas... je ne suis pas en état de vous écouter !... j'ai mal à la tête.
FADiNARD, vcrsant de l'eau chaude dans le bain.
Chauffez votre bain...
BEAUPERTHUIS, Criant.
Aïe ! {Lui arrachant la bouilloire qu'il repose à terre.) Voulez-vous laisser ça ! Que demandez-vous, monsieur ? Qui êtes-vous ?
FADINARD.
Léonidas Fadinard, vingt-cinq ans, rentier... marié d'aujourd'hui... Mes huit fiacres sont à votre porte.
BEAUPERTHUIS.
Qu'est-ce que ça me fait, monsieur ? Je ne vous connais pas.
FADINARD.
Ni moi non plus... et je ne désire pas faire votre connaissance... Je veux parler à madame votre épouse.
BEAUPERTHUIS,
Ma femme !... vous la connaissez ?
FADINARD.
Pas du tout ! mais je sais à n'en pas douter qu'elle possède un objet de toilette dont j'ai le plus pressant besoin... Il me le faut !
BEAUPERTHUIS.
Hein?
FADiNARD, Se levant.
AIR: Ces bosquets de lauriers.
Il me le faut, monsieur... Remarquez bien Ce que ces mots renferment d'énergie.
Je t'obtiendrai, quel que soit le moyen. Affreux produit de la belle Italie !
\'eut-on le vendre ? Eh bien, je le paierai Le prix coûtant, plus une forte prime.
Refusez-le ?... soit ! je le volerai ! Il me le faut, monsieur... et je l'aurai...
Pour l'avoir, j'irai jusqu'au crime.
Je me vautrerai dans le crime
BEAUPERTHuis, à part.
C'est un voleur au bonsoir. {Fadinard se rassied et verse de l'can chaude. — Criant.) Aïe !... Encore un coup, monsieur, sortez !
FADINARD.
Pas avant d'avoir vu madame...
BEAUPERTHUIS.
Elle n'y est pas.
FADINARD.
A dix heures du soir ?... C'est invraisemblable...
BEAUPERTHUIS.
Je vous dis qu'elle n'y est pas,
FADINARD, avec colèrc.
Vous laissez courir votre femme à des heures pareilles ?... ça serait par trop jobard, monsieur ! (// verse énormément d'eau bouillante.)
Aïe ! sacrebleu !... je suis ébouilianté ! (// met avec fureur la bouilloire de l'autre côté.)
FADINARD, se levant et remportant sa chaise à droite. Je vois ce que c'est... madame est couchée... mais ça m'est égal... mes intentions sont pures... je fermerai les yeux... et nous traiterons à l'aveuglette cette négociation...
BEAUPERTHUIS, sc levant debout dans son bain, et brandissant la bouilloire ; suffoquant de colère. Monsieur ! ! !
FADINARD.
Où est sa chambre, s'il vous plaît ?