‹ ThéâtreChapitre 63 sur 267 · ACTE QUATRIEME · texte numérisé non relu

ACTE QUATRIEME

BEAUPERTHUIS.

Sortez, monsieur... sortez !

FADiNARD, prenant une chaise.

Merci, monsieur... Vous demeurez liaut... votre escalier est raide... (// vient s'asseoir près de Beauperthiiis.)

BEAUPERTHUIS, ramenant la serviette sur ses jambm^

Monsieur, on n'entre pas ainsi chez les gens !... Je vous réitère...

FAuiNARD, soulevant un peu la serviette.

Vous prenez un bain de pieds ? Ne vous dérangez pas... je n'ai que peu de chose à vous dire... (// prend la bouilloire.)

Je ne reçois pas... je ne suis pas en état de vous écouter !... j'ai mal à la tête.

FADiNARD, vcrsant de l'eau chaude dans le bain.

Chauffez votre bain...

BEAUPERTHUIS, Criant.

Aïe ! {Lui arrachant la bouilloire qu'il repose à terre.) Voulez-vous laisser ça ! Que demandez-vous, monsieur ? Qui êtes-vous ?

FADINARD.

Léonidas Fadinard, vingt-cinq ans, rentier... marié d'aujourd'hui... Mes huit fiacres sont à votre porte.

BEAUPERTHUIS.

Qu'est-ce que ça me fait, monsieur ? Je ne vous connais pas.

FADINARD.

Ni moi non plus... et je ne désire pas faire votre connaissance... Je veux parler à madame votre épouse.

BEAUPERTHUIS,

Ma femme !... vous la connaissez ?

FADINARD.

Pas du tout ! mais je sais à n'en pas douter qu'elle possède un objet de toilette dont j'ai le plus pressant besoin... Il me le faut !

BEAUPERTHUIS.

Hein?

FADiNARD, Se levant.

AIR: Ces bosquets de lauriers.

Il me le faut, monsieur... Remarquez bien Ce que ces mots renferment d'énergie.

Je t'obtiendrai, quel que soit le moyen. Affreux produit de la belle Italie !

\'eut-on le vendre ? Eh bien, je le paierai Le prix coûtant, plus une forte prime.

Refusez-le ?... soit ! je le volerai ! Il me le faut, monsieur... et je l'aurai...

Pour l'avoir, j'irai jusqu'au crime.

Je me vautrerai dans le crime

BEAUPERTHuis, à part.

C'est un voleur au bonsoir. {Fadinard se rassied et verse de l'can chaude. — Criant.) Aïe !... Encore un coup, monsieur, sortez !

FADINARD.

Pas avant d'avoir vu madame...

BEAUPERTHUIS.

Elle n'y est pas.

FADINARD.

A dix heures du soir ?... C'est invraisemblable...

BEAUPERTHUIS.

Je vous dis qu'elle n'y est pas,

FADINARD, avec colèrc.

Vous laissez courir votre femme à des heures pareilles ?... ça serait par trop jobard, monsieur ! (// verse énormément d'eau bouillante.)

Aïe ! sacrebleu !... je suis ébouilianté ! (// met avec fureur la bouilloire de l'autre côté.)

FADINARD, se levant et remportant sa chaise à droite. Je vois ce que c'est... madame est couchée... mais ça m'est égal... mes intentions sont pures... je fermerai les yeux... et nous traiterons à l'aveuglette cette négociation...

BEAUPERTHUIS, sc levant debout dans son bain, et brandissant la bouilloire ; suffoquant de colère. Monsieur ! ! !

FADINARD.

Où est sa chambre, s'il vous plaît ?

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