SCÈNE VIL
MARCEL, SIMONNE, sortant du cabaret.
SIMONNE, à part
Sa%st-ce qae je viens d'apprendre, monsieur Marcel?...' 'est-ce q[ue ça signifie? Ces matelots, qui sont là à boire, Stendënt que vous allez vous engager de nouveau et partir ec eux cûinme militaire.
iS8 LA REINE d'un JOUR.
MARCEL
Eh bien! quand ça serait?
SIMONNE
Vous qui depuis dix ans servez dans la marine marchande, TOUS qui vouliez vous retirer... aller se battre... s'exposera être tué!
MARCEL
Je ne suis bon qu'à ça.
SIMONNE
Pas du tout! vous êtes très-aimable et très-gentil!
MARCEL
Non^ Mam'selle... Je méconnais... je suis gauche^ embarrassé et ne sachant rien à terre... Sur mon bord^ c'est autre chose... Mais sorti de là^ je ne suis plus à mon aise ni avec vous, ni avec personne... C'est-à-dire... si!... il y en avait une...
SIMONNE, TiTement.
Il y avait une personne?
MARCEL
Qui n'était que trop jolie... et que j'ai connue...
SIMONNE, de même.
Ici?
• MARCEL
Non... à Rouen, où j'allais tous les mois sur nos vaisseaux marchands porter ou prendre des chargements.
SIMONNE
Et vous l'aimiez?
MARCEL
Solidement! J'avais là sur le cœur un poids...
SIMONNE
Et elle?
MARCEL
Légère comme le vent!
SIMONNE
Elle ne vous aimait pas?
MARCEL
Si fait!... elle le disait... mais pendant que je lui wâais de mon amour, je la voyais souvent qui ne m'écoutuîE plus... elle suivait des yeux un bel équipage qui venait de passer... ou bien quand je lui demandais : Quand donc que nous nous marierons?... elle s'écriait: a Ah! le joli colligk les belles
SCèpTF VIT.
im
tf boudes d'*ore.iUes l n El elle était di^vaiit la boiilîqtie d'un jouiUicr à admirer des bijoux avec lesquels^ par raalheuTj je n'avais aucun rapport.
SIMORKE.
Pauvre garçon!
MARCEL
Ah! ce n'est, rien encore,*. Un jour nous venions de Bordeaux à Rouen avec le Rot d'Yvetot^ un vaisseau chargé de vin de Médoc... A peine di^barf^né, je cours rue Grand-Pont, au magasin oii d'ordinaire elle élait contre les carreaux à contempler les passants plutôt queiion ouvrage*,. Je ne la vois plus,.* Partie i,.. disparue en mon absence!
Ah! mon Dieu!
KAaCCL.
Pour la Hollande, à ce qu'on nn*a diL Voyei-vousça!
HAACEU
Avec i|uelqne séducteur , sans doule.
siMOims, j
Cestaffreuit m ktAnciL. t
■ Car depuis eUe ne m'a pas écrit une seule fois,,. Un oubli «al.
. Tant mieux l une pareille femme n'était pas digne de vous,, , , c'est ce qiu pouvait vous arriver de plus hom-eiut.
MARCEL
C'est vrai,., et pourtant rien ne peut me consoler de ce »nhovn'-là... je suis venu ici, avec /a Ville de Roiten^ un trois- Mls chargé de mercerie, rouennerie et bonnets de coton pour !s bourgeois de Calais.
StUO?«NE,
Qui en usent beaucoup.
«AltCFX.
C*c»t m qu'il m'a semblé... La ville me paraissait bonne;
I y dort h^nquille».. et je voulais mj fixer,..
SIMONNE
Et renoncer décidément à Ve^u.
190 LA REINE d'un JOUR,
MARCEL
Aussi je venais tous les jours dans votre cabaret.
SIMONNE
Depuis quinze jours ^ avec une assiduité qui m'avait demie des idées.
MARCEL
C'était pour tâcher d'oublier l'autre.
SIMONNE
J'ai cru que c'était pour penser à une nouvelle?
MARCEL^ YiTement.
Ah ! je le voudrais!... je voudrais rencontrer quelqu'un qui nt seulement attention à moi; mais de ce côté-là il n'y a pas de chance, et se faire tuer, voyez-vous, est encore le meilleur moyen de se consoler.
SIMONlfE.
11 y en a un autre.
MARCEL
Vraiment?... Contez-moi donc ça?
SIMONNE
Tenez, monsieur Marcel, moi, je suis franche. Lisez cette lettre, elle vous dira tout!
MARCEL
Une lettre!
SIMONNE
De Trim Trumbell, un oncle que j'ai en Angleterre; il a été autrefois dans les têtes-rondes,, dans les soldats de G^mwell, mais maintenant il est honnête honmie et tient une taverne à Brighton... Lisez ce qu'il m'a écrit... une lettre bien singulière, qui vous étonnera d'abord...
MARCEL, tenant la lettre à la main, regarde du c6té de la maison à dnite et Toit Francine qui ouTre un volet. Il ponsie un cri.
Ah! mon Dieu!
SIMONNE, le regardant.
Eh bien! ça commence déjà?... Et vous n'avez lu que l'adresse?... Achevez, achevez; je reviendrai tout à l'heure savoir votre réponse... (le regardant.) Pauvre garçon! il faut qu'il se doute de quelque chose, car il a déjà un air tout ému et t<mt lH)uleversé... Adieu, monsieur Marcel; jevous laisse le temps... ^Uex^ et réfléchissez ! (Ei;e entre dans le cabaret.)