‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 277 sur 289 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

REBOLLEDO, L'HUISSIER.

l'huissier.

Sa Majesté vou3 ordonne de rester dans ce salon, où elle va se rendre.

REBOLLEDO^ seal.

La reine va venir!... On a beau ne pas èti-e poltron... cela fait quelque chose de se trouver pour la première fois face à face avec une Majesté! Allons! allons, remettons-nous... J'ai eu de plus mauvais moments dans ma vie... Et quant à ce rapport que je dois présenter à Sa Majesté avec les pièces à Tappui... il me semble que, si ce n'est le style, rien n'y manque... je le crois, du moins. (Relisant.) « Rapport à la reine. — a Madame, le 12 octobre dernier, j'étais dans les prisons de « l'inquisition. » (s*arrétant.) Etait-ce bien le 12?... oui, car le lendemain 13, mauvais jour, je devais être brûlé sur la grande place de Lisbonne... Ce sont de ces détails qu'on n'oublie pas!... (continuant) <c La porte de mon cachot s'ouvrit, je vis (c paraître une jeune dame enveloppée dans une mante. — « Vous êtes ReboUedo le bohémien ?... — Oui , senora. « •— On vous offrait votre grâce à la condition de nommer vos « complices, et vous avez refusé? — Oui, senora.» L'inconnue jeta alors sur moi un regard qui semblait me dire : C'est bien!... et continua : «c Rebolledo, vous êtes condamné a par l'inquisition pour avoir fabriqué de la fausse monnaie , a et, de plus, pour avoir imité à s'y méprendre des pierreries tt et des diamants... le tout par des moyens magiques et dia- « boliques...i»(s'interrompant.) Tout uniment avec du génie et du strass... Us ne connaissent pas encore ça, eux autres... (continuant.) (c L'inconnue me montra alors un diamant véritable et <c de la plus belle eau. — Pourriez-vous parvenir à l'imiter? « — Ici, c'est difficile... mais dans les montagnes de l'Estratt madure, où j'ai mes ateliers et mes ouvriers, tous bohé- « miens comme moi... — On vous donnera ce qu'il faut... » (s'interrompant.) J'ai oublié de mettre que... quelques jours après, mon ouvrage était achevé... et de manière, j'ose le dire, à étonner ma protectrice, qui ne pouvait plus distinguer le modèle de la copie... (continuant.) a Écoutez-moi, dit*elle, je « suis dame d'honneur de la princesse Maria-Francesca, qui « bientôt sera proclamée reine... Bientôt les trois régents nom- <i mes par son père lui remettront le royaume... mais en a quelle situation? Le désordre partout, et surtout dans nos « finances... Pas un maravédis dans les caisses de l'État!... » (sunterrompant.) C'était exactement comme dans la mienne!... (Continuant.) « Alors la senora s'approcha d'un grand co£fre Cl doré qu'elle ouvrit et dont la vue pensa m'éblouir... C'étaiem

« lea diamants de la couronne, provenant des mines du Brésil flt et entasses depuis des «lècles par les i*ois de PortiigaL.* — « Trésors inutiks, me dtt ma protectrice*,* richesses sUSriles « qiti ne serveiH à rien... mais dont on ne saurait faire mage «t sans ravir au pays son crédit et au trône sa dignité... w (s'înterrqmpsnt.) Je croîs bien,,, le peuple de Lisbonne croirait tout perdu, si Ton touchait à l'écrin de la reine... (comiuuBiit.) « Alors seulement on m'instruisit des projeU de S^t Majesté,,. « On m'apprit qu'une loi , prescrivant aux reines de Portugal

^€ de rester un mois en retraite avant leur couronnement^ Votre Majesté allait se retirer au couvent de la Trinitadl,

^icdans les monlagncs de TEstramadure^ et que là elle sur- « veillerait nod travaux,,, toujours par l'entremise de sa dame « diioimeur, qui voulut bien accepter le rôle de ma nièce la « Catarina..* 10 Tout le reste est en règle. Et quant à la récompense honorable dont Sa Majesté m*a adressé ce matin le brevet... cette place d'intendant général de sa police secrète*., vrai Dieu! elle a eu raison de me la contier*.^ et je lut en rendrai bon compte!.,. Pour bien connaiti-e les coquins, il faut avoir été des leurs... et je réunis, j'ose le dii'e, toutes les qualités requises,., (otaut vi^cDieat aaa cbapeati.) Oieul Tonvieutlo.

IL'SUISSTEa, raitrant et ULDongauL La reine l HEBOLLEDO.

AUous, courage!

Page 1