SCÈNE VIll
COQUEREL, seul.
Voilà un véritable Mécène!... voilà un grand seigneur qui devine et encourage le talent... ça m*échauffe... ça m'anîtaie; et si je n'étais pas obligé de tout surveiller dans ma boutique, je ferais quelque chose de grand, j'en suis sûr... j'ai là un plan, une idée de pâte de pomme à l'abricot qui demanderait le calme et le silence du cabinet; aussi, et pour travailler tranquille, j'attends depuis deux jours une première demoiselle de magasin, une personne de confiance que doit m'envoyer ma tante Mignonette, de Gisors, mademoiselle Dorothée... une ancienne religieuse, qui se connaît en vertus... et en confitures... mais tout cela ne vaut pas une femme. ma charmante voisine ! . . . ô Angélique ! quel nom ! . • . Angélique I! . . voilà une femme que le destin semble avoir mise au monde pour être l'épouse d'un confiseur... Aussi j'ai idée qu'elle ne me hait pas! mais comment le savoir... comment me déclarer, moi qui n'ose lui parler?... Si je lui écrivais?...
AJR.
Amour, vieus, je t*implore, Donne-moi de Tesprit, Sous mes doigts fais éciore Ce qui touche et séduit.
Par des traits pleins de flamme Peins-lui ma vive ardeur; Fais passer dans son àme Ce qu'éprouve mon cœur.
Composons.!...
(U cherche et b« trouTe rien; il se frotte le front, s'assied près de la table, et
développant des diablotins dont il mange les bonbons et dont il Ut U ▼ise. )
et Beauté cruelle!... je soupire, « Prenez pitié de mon martyre ! »
(Mettant la devise de cèté.) Voilà ce qu'il me faut! que mon état m'inspire!*.^ (U ouTre une autre devise qn*il jette.) Bfau^ais!
« Si TOUS préfères un amant, « Choisissez-le tendre et constant! m Je n*aurais pas mieux dit. Je croi, Ce Ters-là semble fait par moi !
(Lisant nn autre devise.) « En prenant femme on est heureux...
« N*6n prenez pas^ c'est encor mieuxt... m Détestable!
« Choisissez-moi, car mes amours a Ne finiront qu'avec mes jours! »
(Avec enthousiasme.) Ah ! si comme ceux-là j'en trouve une douzaine. Je suis sauTé! je sais que de nos jours Les bons vers donnent de la peine!
(Fouillant dans la oorlMille et retirant une poignée de diablotins. liais en cherchant on les trouve tocgoursJ (Lisant.)
« Qu'à ma destinée^ « Tu sois enchaînée, m
Bravo!
« Sois ma Dulcinée a Pour un jour ou deux ! » (jetant la devise avec colère.
Fi donc !
« C'est par lliyménée « Que Ton est heureux! »
Ah! quels excellents vers! quels vers délicieux ! C'est du Racine!
(Lisant une autre devise.) « Vivent les grisettes « Jeunes et coquettes! »
(La jetant.) C'est trop marivaudage et trop licencieux!